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dimanche 11 janvier 2009

... Interruption de nos programmes ...


Découvrez Boris Vian!







Les champs de Gaza n’ont jamais existé.


"C’est un cliché de journaliste que de souligner le caractère futile de lancer des pierres contre des tanks. Faux. Il est certain qu’il s’agit là d’un acte symbolique, mais pas futile. Il faut beaucoup de courage pour affronter un monstre d’acier de 60 tonnes avec des pierres ; l’impuissance du lanceur de pierres à arrêter le tank ne fait que souligner l’impuissance du tank à faire ce qu’il est censé faire : terroriser la population."

Gabriel Ash



Cliché, Rusty Stewart


Sionistes : ça faisait longtemps que j’avais envie de vous dire deux ou trois choses. Ça me démangeait depuis un certain temps déjà, mais allez savoir pourquoi... le temps, ou la fainéantise, ou peut-être les deux. Mais si c’est pas maintenant, alors quand ?

Sionistes : ça fait longtemps que vous me gonflez avec votre histoire de "terre promise". Que de contorsions sémantiques pour qualifier un vol en bonne et due forme.

Sionistes : ça fait longtemps que vous me gonflez avec votre histoire de "peuple élu". Que de beaux oripeaux pour camoufler votre racisme.


Des gamins, dans un camp, dont cetains membres de la famille, en photo dans le cadre, sont retenus par l'armée israélienne ;

Haïda; Palestine, 12 juillet 2005 ;Cliché, "Simio Sapiens"


Sionistes : partout où je vous ai croisés, vous étiez du mauvais côté de la barrière. Aux côtés de l’Afrique du Sud de l’Apartheid, aux côtés de armées assassines du Guatemala... Je n’ai aucun souvenir de vous avoir vu du côté des exclus, des faibles. Pas une seule fois.

Sionistes : vos gesticulations outrées ne changeront rien au caractère assassin de cet état d’Israël. Et épargnez moi les discours sur la "démocratie israélienne". Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’Israël soit une démocratie (ou non), sinon que cela rend une majorité de ses habitants coupable ? Et de même que je ne juge pas un homme sur la façon qu’il se traite lui-même, mais sur la façon qu’il traite les autres, je ne vais pas applaudir à la "démocratie" israélienne sans considération pour ses actes.

Alors, Sionistes : je n’en ai rien à faire de vos opérations de relations publiques, de vos images d’une société "moderne" et d’une jeunesse "libre" qui se trémousse en bikini sur les plages de Tel Aviv (par opposition, bien sûr, aux matrones voilées de Gaza qui hurlent leur désespoir).


Enfants dont la mère a été faite prisonnière par l'armée israélienne après avoir tenté de se faire exploser à un check-point ;

Lebban el-Sharqiya, Palestine, 12 juillet 2005 ; Cliché, "Simio Sapiens"


Sionistes : vous n’aimez pas que l’on vous rappelle qu’une Assemblée Générale des Nations Unies a déclaré que votre idéologie était une forme de racisme.

Sionistes : vous crevez d’envie de me voir prononcer le mot "juif" et vous donner ainsi l’occasion de grimper aux rideaux. Peine perdu car, contrairement à vous, je ne suis pas raciste.

Sionistes : la religion dont vous vous revendiquez est aussi débile qu’une autre.

Sionistes : je me souviens d’avoir vu interviewer deux de vos fameux "colons" fraîchement débarqués de Bordeaux. Un couple de médiocres qui avaient enfin trouvé quelqu’un à exploiter. Ici ils n’étaient manifestement rien, allez donc savoir pour qui ils se prenaient là-bas. Vos colons sont des caricatures de beaufs accomplis.


Une petite fille jouant dans la cour de sa maison avec une balançoire improvisée.

Lebban el-Sharqiya, Palestine, 12 juillet 2005 ; Cliché, "Simio Sapiens"



Sionistes : vous avez pompeusement donné un petit nom familier à votre armée d’assassins.

Sionistes : vous avez l’arme atomique en violation de toutes les conventions internationales.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous avez violé par la même occasion toutes les autres conventions et lois internationales.


Des gamins du camp de Jénine, reconstruit après sa destruction intégrale par l'armée israélienne en 2002.

Jénine, Palestine, 18 juillet 2005 ; Cliché, "Simio Sapiens"


Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous ne respectez aucune loi, aucun accord, aucune signature. Mais vous les invoquez tous lorsque cela vous arrange.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous avez sciemment joué la carte des extrémismes pour mieux brouiller votre propre image.

Sionistes : à l’instar de vos amis néocons américains, vous couinez votre outrage à chaque acte de résistance qui vous est opposé. Vous prenez prétexte du "terrorisme" pour mener tranquillement votre entreprise d’extermination.


Enfants Palestiniens à Rafah, bande de Gaza


Sionistes : vous avez volé leurs biens, vous avez volé leurs terres. Vous avez volé leur eau. Vous avez méthodiquement assassiné par centaines leur enfants, leurs femmes, leurs vieillards. Vous les avez affamés, détruits, volés encore, écrasés, persécutés. Vous leur avez refusé l’éducation, la santé. Vous avez empêché des pères de porter leurs enfants se faire soigner. Vous tirez sur des ambulances. Vous construisez vos routes de merde sur des oliveraies plus que centenaires.

Sionistes : vous les avez enfermés derrière des barbelés, derrière un mur. Vous avez appliqué un blocus. Vous les avez enfermés dans de gigantesques ghettos. Vous avez crée des camps d’extermination de basse intensité qui n’osent dire leur nom.

Sionistes : pendant encore combien de temps allez vous nous accabler avec votre sensiblerie sélective, vos références sempiternelles à la Shoah ? On n’a jamais rendu hommage à des victimes en adoptant les méthodes de leurs bourreaux.


Jeu de billes ; enfants Palestiniens à Rafah, bande de Gaza


Sionistes : vous avez du vous balancer une fois de trop et trop près d’un certain mur. Jusqu’à votre nom sonne désormais comme une insulte à l’intelligence et à la dignité humaine.

Sionistes : lorsque les digues des dernières réticences céderont, et que les protestations prendront l’ampleur et la forme que vos actes méritent, vous ne manquerez pas, et c’est à parier, de hurler à l’antisémitisme. Vous auriez tort de vous gêner car c’est, après tout, ce que vous faites de mieux - juste derrière la fabrication clandestine de bombes atomiques et le tir au canon sur des populations sans défense. Nous, nous assisterons goguenards à cette dernière cartouche tirée en l’air. Et se joindront à nous des camarades juifs ou pas, élus ou pas, autrement plus humains que vous ne l’avez jamais été.


Cliché, "Sduffy"


Sionistes : jusqu’où irez vous pour faire aboutir votre fébrilité messianique ? Combien de bulldozers faudra-t-il encore faire passer pour donner un semblant de vérité à vos mensonges ? Ferez-vous des piles de leurs vêtements et de leurs chaussures ? Vos jolies soldates de Tsahal se fabriqueront-elles des bijoux avec leurs dents en or ? Répandrez-vous du sel sur leurs terres pour effacer toute trace ? Planterez vous un drapeau sur une cette "terra incognita" et "inhabitée" que vous revendiquerez au nom de la couronne de David, assortissant le tout de slogans débiles tels que "une terre sans peuple pour un peuple sans terre" ? Et sur qui tiriez vous donc ces 50 dernières années ? Sur des boites de conserve ?

Sionistes : dites-nous comment vous espérez conclure votre délire. Pour peu que vous en ayez la moindre idée.

Sentirez-vous le poids de vos actes envahir vos cellules grises ou vous réfugierez-vous dans l’autosuggestion collective ? Que raconterez-vous d’un air faussement naïf aux générations futures ? Que vous ne faisiez qu’obéir aux ordres ? Ou bien prononcerez-vous au contraire ces paroles fatidiques : "les champs de Gaza n’ont jamais existé" ?

Viktor Dedaj ; "chaud devant", juillet 2006



"Bande" de Gaza ...

mardi 11 novembre 2008

La valeur de "l'exemple" ... ou de l'éducation...



Pendant la Première Guerre mondiale, en France 2 400 "poilus" auront été condamnés à mort et 675 fusillés pour l'exemple, les autres voyant leur peine commuée en travaux forcés. Ces condamnations ont été prononcées pour refus d’obéissance, mutilations volontaires, désertion, abandon de poste devant l'ennemi, délit de lâcheté ou mutinerie (en 1917) ...



Exécution, le 3 juin 1918, près du hameau de Oostduinkerker, d'Aloïs Walput, volontaire belge du 2cd Grenadiers, âgé de 21 ans.


Ma petite femme adorée,

Nous avons, comme je te l'ai dit, subi un échec, tout mon bataillon a été pris par les Boches, sauf moi et quelques hommes, et maintenant on me reproche d'en être sorti, j'ai eu tort de ne pas me laisser prendre également. Maintenant, le colonel Bernard nous traite de lâches, les deux officiers qui restent, comme si à trente ou quarante hommes, nous pouvions tenir comme huit cents. Enfin, je subis mon sort, je n'ai aucune honte, mes camarades qui me connaissent savent que je n'étais pas un lâche. Mais avant de mourir, ma bonne Fernande, je pense à toi et à mon Luc. Réclame ma pension, tu y a droit, j'ai ma conscience tranquille, je veux mourir en commandant le peloton d'exécution devant mes hommes qui pleurent. Je t'embrasse pour la dernière fois, comme un fou : Crie, après ma mort, contre la justice militaire, les chefs cherchent toujours des responsables ; ils en trouvent pour se dégager.

Mon trésor adoré, je t'embrasse encore d'un gros baiser, en songeant à tout notre bonheur passé, j'embrasse mon fils aimé, qui n'aura pas à rougir de son père qui avait fait son devoir.De Saint-Roman m'assiste dans mes derniers moments, j'ai vu l'abbé Heintz avant de mourir.Je vous embrasse tous. Toi encore, ainsi que mon Luc.
Dire que c'est la dernière fois que je t'écris.
Oh ! Mon bel ange, sois courageuse, pense à moi, et je te donne mon dernier et éternel baiser.
Ma main est ferme, et je meurs la conscience tranquille.

Adieu, je t'aime.

Je serai enterré au bois de Fleury, au nord de Verdun. De Saint-Roman pourra te donner tous les renseignements.

Henri Herduin



Ma bien chère Lucie,

Quand cette lettre te parviendra, je serai mort fusillé.Voici pourquoi : Le 27 novembre, vers 5 heures du soir, après un violent bombardement de deux heures, dans une tranchée de première ligne, et alors que nous finissions la soupe, des allemands se sont amenés dans la tranchée, m’ont fait prisonnier avec deux autres camarades. J’ai profité d’un moment de bousculade pour m’échapper des mains des Allemands. J’ai suivi mes camarades, et ensuite, j’ai été accusé d’abandon de poste en présence de l’ennemi.

Nous sommes passés vingt-quatre hier soir au Conseil de Guerre. Six ont été condamnés à mort dont moi. Je ne suis pas plus coupable que les autres, mais il faut un exemple. Mon portefeuille te parviendra et ce qu’il y a dedans.

Je te fais mes derniers adieux à la hâte, les larmes aux yeux, l’âme en peine. Je te demande à genoux humblement pardon pour toute la peine que je vais te causer et l’embarras dans lequel je vais te mettre … Ma petite Lucie, encore une fois, pardon.

Je vais me confesser à l’instant, et espère te revoir dans un monde meilleur.

Je meurs innocent du crime d’abandon de poste qui m’est reproché. Si au lieu de m’échapper des allemands, j’étais resté prisonnier, j’aurais encore la vie sauve. C’est la fatalité.

Ma dernière pensée, à toi, jusqu’au bout.

Henry Floch
Greffier de justice de paix à Breteuil (Oise), le caporal Henry Floch est fusillé à Vingré le 4 décembre 1914 avec cinq soldats du 298e Régiment d’infanterie.


Henry Floch


Voici ce que j’ai sur moi :

Ma montre

Mon porte-monnaie qui contient 51 F 20, le mandat que tu m’as envoyé et que je n’ai pas touché

Mon couteau et quatre médailles

Je tiendrais bien à ce que tu les reçoives.

J’espère qu’on vous y fera parvenir, j’ai encore toutes les lettres que tu m’as écrites dans mon sac ou sur moi.
J’ai tous les effets que tu m’as envoyés et ceux que j’avais auparavant.

Jean Blanchard
(né en 1879), fusillé à Vingré le 4 décembre 1914.



Jean Blanchard



mardi 13 mai 2008

Des violettes pour M. Ogre ... (on vous aura prévenu...)





Vaincre ? Résister ? Tenir ? Faire notre devoir ?
Non. Faire nos besoins. Dehors, c'est un déluge de fer. C'est très simple : il tombe un obus de chaque calibre par minute et par mètre carré. Nous sommes neuf survivants dans un trou. Ce n'est pas un abri, mais les quarante centimètres de terre et de rondins sur notre tête sont devant nos yeux une sorte de visière contre l'horreur. Plus rien au monde ne nous fera sortir de là. Mais ce que nous avons mangé, ce que nous mangeons se réveille plusieurs fois par jour dans notre ventre. Il faut que nous fassions nos besoins. Le premier de nous que ça a pris est sorti ; depuis deux jours il est là, à trois mètres devant nous, mort déculotté. Nous faisons dans du papier et nous le jetons là devant. Nous avons fait dans de vieilles lettres que nous gardions. Nous sommes neuf dans un espace où normalement on pourrait tenir à peine trois serrés. Nous sommes un peu plus serrés.
Nos jambes et nos bras sont emmêlés. Quand un veut seulement plier son genou nous sommes tous obligé de faire les gestes qui le lui permettront. La terre de notre abri tremble autour de nous sans cesse. Sans cesse les graviers, la poussière et les éclats soufflent dans ce côté qui est ouvert vers le dehors. Celui qui est près de cette sorte de porte a le visage et les mains écorchés de mille petites égratignures. Nous n'entendons plus à la longue les éclatements des obus ; nous n'entendons que le coup de masse d'arrivée. C'est un martellement ininterrompu.
Il y a cinq jours que nous sommes là-dedans sans bouger. Nous n'avons plus de papier ni les uns ni les autres. Nous faisons dans nos musettes et nous les jetons dehors. Il faut démêler ses bras des autres bras, et se déculotter, et faire dans une musette qui est appuyée sur le ventre d'un copain. Quand on a fini on passe la saleté à celui de devant, qui la passe à l'autre qui la jette dehors.










Septième jour. La bataille de Verdun continue.
De plus en plus héros. Nous ne sortons toujours pas de notre trou. Nous ne sommes plus que huit. Celui qui était devant la porte a été tué par un gros éclat qui est arrivé en plein dedans, lui a coupé la gorge et l'a saigné. Nous avons essayé de boucher la porte avec son corps. Nous avons bien fait.
Une sorte de tir rasant qui s'est spécialisé depuis quelques heures sur ce morceau du secteur fait pleuvoir sur nous des éclats de recul. Nous les entendons frapper dans le corps qui bouche la porte. Malgré qu'il ait été saigné comme un porc avec la carotide ouverte, il saigne encore à chacune de ces blessures qu'il reçoit après la mort. J'ai oublié de dire que depuis plus de dix jours aucun de nous n'a de fusil, ni de cartouches, ni de couteau, ni de baïonnette. Mais nous avons de plus en plus ce terrible besoin qui ne cesse pas, qui nous déchire. Surtout depuis que nous avons essayé d'avaler de petite boulettes de terre pour calmer la faim, et aussi parce que cette nuit il a plu et, comme nous n'avions pas bu depuis quatre jours, nous avons léché l'eau de la pluie qui ruisselait à travers les rondins et aussi celle qui venait de dehors et qui coulait chez nous par-dessous le cadavre qui bouche la porte.
Nous faisons dans notre main. C'est une dysenterie qui coule entre nos doigts. On ne peut même pas arriver à jeter ça dehors. Ceux qui sont au fond essuient leurs mains dans la terre à côté d'eux.
Les trois qui sont près de la porte s'essuient dans les vêtements du mort. C'est de cette façon que nous nous apercevons que nous faisons du sang. Du sang épais, mais absolument vermeil. Beau. Celui-là a cru que c'était le mort sur lequel il s'essuyait qui saignait. Mais la beauté du sang l'a fait réfléchir. Il y a maintenant quatre jours que ce cadavre bouche la porte et nous sommes le 9 août, et nous voyons bien qu'il se pourrit. Celui-là avait fait dans sa main droite : il a passé sa main gauche à son derrière ; il l'a tirée pleine de ce sang frais. Dans le courant de ce jour-là, nous nous apercevons à tour de rôle que nous faisons du sang. Alors nous faisons carrément sur place, là, sous nous. J'ai dit que nous n'avons plus d'armes depuis longtemps ; mais nous avons tous notre quart passé dans une courroie de notre équipement, car nous sommes à tout moment dévorés par une soif de feu, et de temps en temps nous buvons notre urine. C'est l'admirable bataille de Verdun.

Jean Giono ; Recherche de la pureté, 1939










Le dormeur du val

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud










mercredi 23 janvier 2008

Comme dans un film américain...





"Les États-Unis sont les parrains du petit Vietnam... Il s'agit de notre rejeton et, s'il devient victime d'un des périls qui menacent son existence même - le communisme, l'anarchie, la pauvreté et ce qui s'en suit... - , les États-Unis seront alors, non sans raison, tenus pour responsable et notre prestige en Asie tombera à son niveau le plus bas."

J.F. Kennedy - Discours de juin 1956




"Que toute nation sache, qu'elle nous veuille du bien ou du mal, que nous paierons n'importe quel prix, que nous supporterons n'importe quel fardeau, que nous accepterons n'importe quelle épreuve, que nous soutiendrons n'importe quel ami et nous opposerons à n'importe quel ennemi pour assurer la survie et le succès de la liberté... Envers ces peuples qui, dans les huttes et les villages de la moitié du globe, luttent pour rompre les chaînes de la misère, nous prenons l'engagement que nous ferons tout ce que nous pourrons pour les aider à s'aider eux-mêmes, aussi longtemps qu'il le faudra, non pas parce qu'il se peut que les communistes le fassent, ni parce que nous recherchons leurs voies, mais parce que c'est juste. Si une société libre ne peut aider la masse qui est pauvre, elle ne peut sauver la petite minorité qui est riche... Maintenant la trompette nous appelle encore une fois - non pas pour porter les armes, quoique nous en ayons besoin ; non pour la bataille, quoique nous soyons rangés en ordre de bataille, mais pour le fardeau d'un long combat crépusculaire année après année... un combat contre les ennemis communs des hommes : la tyrannie, la pauvreté, la maladie et la guerre elle-même."

J.F. Kennedy - Discours du 20 janvier 1961







"Considérant que les signataires des accords de Genève de 1954 [...] les États-Unis, tout en n'ayant pas signé ces accords [...]

Considérant que le régime communiste du Nord-Vietnam, aidé en cela par la Chine communiste a systématiquement bafoué les obligations qui découlaient de la signature de ces accords [...]

Considérant que, devant l'agression et la subversion communistes [...]

Considérant que le gouvernement des États-Unis n'a pas d'ambition territoriales, politiques ou militaires en Asie du Sud-Est [...]

Considérant qu'il est essentiel que le monde comprenne bien que le peuple américain tout entier est décidé à prendre des mesures qui s'imposent pour aider les peuples du Sud-Vietnam et du Laos [...]

Le sénat et la chambre des Représentants des États-Unis d'Amérique réunis en congrès considèrent que le maintien de l'indépendance et de l'intégrité territoriale de la nation laotienne et de la nation sud-vietnamienne est vital pour l'intéret national des États-Unis et pour la paix du monde.

A cette fin, si le Président le juge nécessaire et si le gouvernement du Laos et du Sud-Vietnam en font la demande, les États-Unis sont prêts à faire tout ce qui est en leur pouvoir, en faisant intervenir au besoin leurs forces armées, pour aider les gouvernements de ces pays à défendre leur indépendance et leur intégrité territoriale contre l'agression et la subversion aidée, contrôlée et dirigée par les pays communistes voisins."


Texte de résolution du 5 août 1964





"La position de la France est prise. Elle l'est par la condamnation qu'elle porte sur les actuels événements. Elle l'est par sa résolution de n'être pas, où que ce soit et quoi qu'il arrive, automatiquement impliquée dans l'extension éventuelle du drame et de garder, en tous cas, les mains libres. [...] Eh bien ! La France considère que les combats qui ravagent l'Indochine n'apportent, par eux-même et eux non plus, aucune issue. Suivant elle, s'il est invraisemblable que l'appareil guerrier américain vienne à être anéanti sur place, il n'y a, d'autre part, aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi de l'étranger venu de l'autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et si puissantes que soient ses armes."


Discours du Général de Gaulle - 1er septembre 1966





"Allez, venez tous les gars costauds
Oncle Sam a de nouveau besoin de vous.
Il s'est mis dans un beau merdier.
Aussi, laisse tes bouquins et prends ton flingue
On va pouvoir se marrer.

Et, un, deux, trois, pourquoi on se bat ?
Ne le demande pas, je parierais pas un sou
Prochain arrêt, le Vietnam.
Et, quatre, cinq, six, sept, ouvre les portes
Il n'y a plus le temps de se demander pourquoi,
Whoopee, nous allons tous mourir.

Maintenant venez, mères dans tous les pays,
Faites le paquetage de vos gars pour le Vietnam
Venez les pères, n'hésitez plus
Envoyez vos fils avant qu'il soit trop tard
Soyez les premiers de votre quartier
A avoir vos fils revenir à la maison dans une boite"


Chanson de Country Joe McDonald - 1965






"Il semble maintenant, plus certain que jamais, que l'expérience sanglante du Vietnam se finira dans une impasse. Le presque certain face-à-face de cet été se terminera soit par une véritable négociation, avec donnant-donnant, soit par une terrible escalade ; et l'ennemi peut répondre à chaque échelon de notre escalade... Dire que nous sommes aujourd'hui plus proches de la victoire est croire, face à l'évidence, les optimistes qui, hier, se sont trompés. Suggérer que nous sommes sur le bord de la défaite serait céder à un pessimisme déraisonnable. Dire que nous sommes coincés dans une impasse semble la seule conclusion réaliste, aussi peu satisfaisante qu'elle soit."


Éditorial de Walter Cronkite - 27 février 1968





"Je voudrais que Mike [Mansfield] fasse un discours à Ho Chi Minh. Rien n'est plus écoeurant que de violer une trêve durant une période de congé. Mais personne ne dit un mot de mal à Ho. Ils me traitent de meurtrier et Ho est un grand homme."


L. B. Johnson - février 1968





"Si nous acceptons la demande de 206 000 hommes et que les choses continuent à suivre le même cours, il est probable qu'en mars il [Westmoreland] voudra encore 2 ou 300 000 hommes, sans perspective d'une issue... On dirait que nous sommes dans un puits sans fond. Nous envoyons plus d'hommes, ils en font autant. Nous augmentons encore, ils font de même. Je vois de plus en plus de combats avec de plus en plus de pertes américaines et pas d'issue en vue."


L. B. Johnson - Mars 1968





"Ce soir, je renouvelle l'offre que j'ai faite en août dernier, d'arrêter les bombardements sur le Nord-Vietnam. Nous demandons que des pourparlers commencent rapidement et qu'il s'agisse de négociations sérieuses au sujet de la nature de la paix... [...] Aujourd'hui, comme hier, les États-Unis sont prêts à envoyer leurs représentants n'importe où, n'importe quand discuter des moyens de mettre un terme à cette guerre. [...] Mais qu'il ne soit jamais oublié que la paix ne surviendra que parce que l'Amérique a envoyé ses fils l'assurer. [...]


L. B. Johnson - Mars 1968




"...le gouvernement de Hanoï se déclare prêt à désigner son représentant pour prendre contact avec un représentant des États-Unis en vue de déterminer la cessation inconditionnelle des bombardements et de tout autre acte de guerre contre la République démocratique du Vietnam, afin que les négociations puissent commencer."


Communiqué du 3 avril 1968 sur Radio-Hanoï




La paix sera signée par le traité de Paris le 27 janvier 1973. On dénombrera 15 000 morts américains et au moins 500 000 morts vietnamiens dans les armées du Nord et du Sud.

Le 30 avril 1975, Saïgon tombe entre les mains des bodoï nord-vietnamiens et prend le nom de Ho Chi Minh-ville ; l'échec américain est total.





Textes extraits de : Jacques Portes ; Les Américains et la guerre du Vietnam ; Éd. Complexe, collection Questions au XXe S. ; 1993.
Images extraites du site de Wikipedia à l'article : guerre du Vietnam.



jeudi 3 janvier 2008

Les veaux à l'abattoir !!!

Jacques Tardi ; dessin issu de : C'était la guerre des tranchées, Éd. 1993

Militarisme

"Détruis le chien de garde et tu vaincras le maître."

Charles d'Avray


Il nous faut en finir de ce militarisme,
Esclavage imposé, source de crétinisme.
La caserne est le lieu le plus contaminé
Que pour le bien de tous il faut exterminer.
C'est l'immense foyer de la tuberculose,
C'est l'air avarié de quelque maison close,
Depuis le cavalier jusques au fantassin,
C'est la transformation de l'homme en assassin.

Il nous faut en finir de ces traîneurs de sabres,
De ces larbins d'état aux visages macabres,
Galonnés abrutis qui font moralité
De l'acte méprisant de domesticité.
Obéir c'est laisser douter que l'on est homme
Obéir c'est renier son droit d'Etre Autonome,
Obéir c'est se taire ou répondre en bavant,
Obéir c'est enfin n'être pas un vivant.

Soldats, pour nous sauver de tous les parasites
Il vous faut incendier ces casernes maudites,
Ces sources de laquais, de flics et de mouchards,
Ce dépotoir humain qu'engendrent les soudards.
Partout rassemblement ! Artilleurs à vos pièces !
Debout ! Marins debout ! L'oeil sur vos forteresses :
Braquez !.. Chargez !.. Pointez !.. sans crainte de méchefs,
Les gueules des canons sur celles de vos chefs.

Le culte du drapeau regorge d'impostures,
La loque nationale est digne des ordures,
Oublions qu'en un temps, des torchons de couleurs
Traînés sur notre globe ont divisé les coeurs.
Du moindre préjugé que chacun se libère,
Discutons froidement, sans haine, sans colère.
Soldats ! un geste, un seul, peut nous sauver c'est clair,
Mais il dépend de vous : Soldats !... La crosse en l'air !


Charles Henri JEAN dit d'AVRAY, poète et chansonnier anarchiste (1878-1960)








" On creuse un trou ; on s'enterre ; on reste là..."


Sous le fer de Verdun les soldats tiennent.
Pour un endroit que je connais, nous tenons parce que les gendarmes nous empêche de partir. On en a placé des postes jusqu'en pleine bataille, dans les tranchées de soutien, au-dessus du tunnel de Tavannes. Si on veut sortir de là il faut un ticket de sortie. Idiot mais exact ; non pas idiot, terrible. Au début de la bataille, quand quelques corvées de soupe réussissent encore à passer entre les barrages d'artillerie, arrivés là, elles doivent se fouiller les cartouchières et montrer aux gendarmes le ticket signé du capitaine. L'héroïsme du communiqué officiel, il faut ici qu'on le contrôle soigneusement.
Nous pouvons bien dire que si nous restons sur ce chant de bataille, c'est qu'on nous empêche soigneusement de nous en échapper. Enfin, nous y sommes, nous y restons ; alors nous nous battons ? Nous donnons l'impression de farouches attaquants ; en réalité, nous fuyons de tous les côtés. Nous sommes entre la batterie de l'hôpital, petit fortin, et le fort de Vaux, qu'il nous faut reconquérir. Cela dure depuis dix jours. Tous les jours, à la batterie de l'hôpital, entre deux rangées de sacs à terre, on exécute sans jugement au revolver ceux qu'on appelle les déserteurs sur place. On ne peut pas sortir du champ de bataille, alors maintenant on s'y cache. On creuse un trou ; on s'enterre ; on reste là. Si on vous trouve, on vous traîne à la batterie et entre deux rangées de sacs à terre on vous fait sauter la cervelle. Bientôt il va falloir faire accompagner chaque homme par un gendarme. Depuis huit jours, les corvées de soupe ne reviennent plus. Elles se fondent comme du sucre dans du café. Pas un homme n'est retourné,
Ils ont tous été tués, absolument tous, chaque fois, tous les jours sans aucune exception. On n'y vit plus. On a faim. On a soif. On voit là-bas un mort couché par terre, pourri et plein de mouches, mais encore ceinturé de bidons et de boules de pain passées dans un fil de fer. On attend que le bombardement se calme. On rampe jusqu'à lui. On détache de son corps les boules de pain. On prend les bidons pleins. D'autres bidons ont été troués par les balles. Le pain est mou. Il faut seulement couper le morceau qui touchait le corps. Voilà ce qu'on fait tout le jour.
Cela dure depuis vingt-cinq jours.


Jean GIONO ; Recherche de la pureté, 1939.






Au nom du père


Béni soit le Dieu des armées.


Dieu a bénit vos armes.


L'Éternel, ton Dieu, chassera peu à peu ces nations loin de ta face : tu ne pourras pas les exterminer promptement, [...]
L'Éternel, ton Dieu, te les livrera ; et il les mettra complètement en déroute, jusqu'à ce qu'elles soient détruites. Il livrera leurs rois entre tes mains, et tu feras disparaître leurs noms de dessous les cieux ; aucun ne tiendra contre toi, jusqu'à ce que tu les aies détruits.


L'Éternel parla à Moïse, et dit : Venge les enfants d'Israël sur les Madianites [...] Ils avancèrent contre Madian, selon l'ordre que l'Éternel avait donné à Moïse ; et ils tuèrent tous les mâles. [...] Les enfants d'Israël firent prisonnières les femmes des Madianites avec leurs petits enfants et ils pillèrent tout [...] Ils incendièrent toutes les villes qu'ils habitaient et tous leurs enclos. Ils prirent toutes les dépouilles et tout le butin, personnes et bestiaux ; et ils amenèrent les captifs, le butin et les dépouilles à Moïse... [...] Moïse s'irrita [...] Maintenant, tuez tout mâle parmi les petits enfants et tuez toute femme qui a connu un homme en couchant avec lui ; mais laissez en vie pour vous toutes les filles qui n'ont point connu la couche d'un homme.


Samuel dit à Saül [...] écoute ce que dit l'Éternel. [...] Va [...] et tu feras mourir hommes et femmes, enfants et nourrissons, boeufs et brebis, chameaux et ânes.


Ancien Testament. Dieutéronome, 7, 23 et 24 ; édition de Louis Second, 1910.

mardi 4 décembre 2007

...Promenons-nous dans les bois...



Quand au bout de huit jours, le repos terminé
On va reprendre les tranchées
Notre place est si utile
Que sans nous, on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personne ne veut plus marcher ;
Et le coeur bien gros, comme dans un sanglot
On dit adieu aux civelots.
Mais sans tambour et sans trompette
On s'en va baissant la tête.

Refrain:
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes ;
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme ;
C'est à Craonne, sur le plateau
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous des condamnés
Nous sommes les sacrifiés.

2. Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la relève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain dans la nuit et le silence
On voit quelqu'un qui s'avance :
C'est un officier de chasseurs à pied.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Nos pauv'remplaçants vont chercher leur tombes.

Refrain

3. C'est malheureux de voir sur les grands boulevards
Tous ces gros qui font la foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la même chose ;
Au lieu de s'cacher tous ces embusqués
Devraient bien monter aux tranchées
Pour défendre leur bien car nous on a rien,
Nous autres les pauvres purotins;
Et les camarades sont étendus là
Pour défendr'les biens de ces messieurs-là.

Refrain:
Ceux qu'ont le pognon, ceux-là reviendront
Car c'est pour eux qu'on crève;Mais c'est fini, nous les troufions
On va se mettre en grève ;
Ce sera votre tour, messieurs les gros,
De monter sur le plateau ;
Si vous voulez encore la guerre
Payez-la d'votre peau.

La Chanson de Craonne - Auteur anonyme (1917)




[...] Moi d'abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir. Le vent s'était levé, brutal, de chaque côté des talus, les peupliers mêlaient leurs rafales de feuilles au petit bruits secs qui venaient de là-bas sur nous. Ces soldats inconnus nous rataient sans cesse, mais tout en nous entourant de mille morts, on s'en trouvait comme habillés. Je n'osais plus remuer. Ce colonel, c'était donc un monstre ! A présent, j'en étais assuré, pire qu'un chien, il n'imaginait pas son trépas ! Je conçus en même temps qu'il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre armée, des braves, et puis tout autant sans doute dans l'armée d'en face. Qui savaient combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dès lors ma frousse devint panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité infernale pouvait continuer indéfiniment... Pourquoi s'arrêteraient-ils ? Jamais je n'avais senti plus implacable la sentence des hommes et des choses.
Serais-je donc le seul lâche sur la terre ? pensais-je. Et avec quel effroi !... Perdu parmi deux millions de fous héroïques et déchaînés et armés jusqu'au cheveux, sur motos, hurlants, en autos, sifflants, tirailleurs, comploteurs, volants, à genoux, creusant, se défilant, caracolant dans les sentiers, pétaradant, enfermés sur la terre comme dans un cabanon, pour y tout détruire, Allemagne, France et Continents, tout ce qui respire, détruire, plus enragés que les chiens, adorant leur rage (ce que les chiens ne font pas), cent, mille fois plus enragés que mille chiens et tellement plus vicieux ! Nous étions jolis ! Décidément, je le concevais, je m'étais embarqué dans une croisade apocalyptique.
On est puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté. Comment aurais-je pu me douter moi de cette horreur en quittant la place de Clichy ? Qui aurait pu prévoir, avant d'entrer vraiment dans la guerre, tout ce que contenait la sale âme héroïque et fainéante des hommes ? A présent, j'étais pris dans cette fuite en masse, vers le meurtre en commun, vers le feu...
ça venait des profondeurs et c'était arrivé.
Le colonel ne bronchait toujours pas, je le regardais recevoir, sur le talus, des petites lettres du général qu'il déchirait ensuite menu, les ayant lues sans hâte, entre les balles. Dans aucune d'elles, il n'y avait donc l'ordre d'arrêter net cette abomination ? On ne lui disait donc pas d'en haut qu'il y avait méprise ? Abominable erreur ? Maldonne ? Qu'on s'était trompé ? Que c'était des manoeuvres pour rire qu'on avait voulu faire, et pas des assassinats ! Mais non ! "continuez, colonel, vous êtes dans la bonne voie !" Voilà sans doute ce que lui écrivait le général des Entrayes, de la division, notre chef à tous, dont il recevait une enveloppe chaque cinq minutes, par un agent de liaison, que la peur rendait chaque fois un peu plus vert et foireux. J'en aurais fait mon frère peureux de ce garçon-là ! Mais on n'avait pas le temps de fraterniser non plus.
Donc pas d'erreur ? Ce qu'on faisait à se tirer dessus, comme ça, sans même se voir, n'était pas défendu ! Cela faisait partie des choses qu'on peut faire sans mériter une bonne engueulade. C'était même reconnu, encouragé sans doute par les gens sérieux, comme le tirage au sort, les fiançailles, la chasse à courre !... Rien à dire. Je venais de découvrir d'un coup la guerre tout entière. J'étais dépucelé. Faut être à peu près seul devant elle comme je l'étais à ce moment-là pour bien la voir la vache, en face et de profil. On venait d'allumer la guerre entre nous et ceux d'en face, et à présent ça brûlait ! Comme le courant entre les deux charbons, dans la lampe à arc. Et il n'était pas près de s'éteindre le charbon, tout mariole qu'il semblait être, et sa carne ne ferait pas plus de rôti que la mienne quand le courant d'en face lui passerait entre les deux épaules.
Il y a bien des façons d'être condamné à mort. Ah ! combien n'aurais-je pas donné à ce moment-là pour être en prison au lieu d'être ici, moi crétin ! Pour avoir, par exemple, quand c'était si facile, prévoyant, volé quelque chose. On ne pense à rien ! De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c'est des mots.
Si seulement j'avais encore eu le temps, mais je ne l'avais plus ! Il n'y avait plus rien à voler ! Comme il ferait bon dans une petite prison pépère, que je me disais, où les balles ne passent pas ! Ne passent jamais ! J'en connaissais une toute prête, au soleil, au chaud ! Dans un rêve, celle de Saint-Germain, précisément, si proche de la forêt, je la connaissais bien, je passais souvent par là, autrefois. Comme on change ! J'étais un enfant alors, elle me faisait peur la prison. C'est que je ne connaissais pas encore les hommes. Je ne croirai plus jamais à ce qu'ils disent, à ce qu'ils pensent. C'est des hommes et d'eux seulement qu'il faut avoir peur, toujours. [...]
L.F. Céline - Voyage au bout de la nuit (1932)