dimanche 18 janvier 2009

Voyage circumterrestre ... (fin ...)


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Réplique de l'Endeavour


Mœurs et coutumes



Après les repas, pendant la chaleur du jour, les insulaires dorment souvent, en particulier les gens d'âge moyen ; ceux-ci, quand ils occupent dans la société un rang élevé, passent le plus clair de leur temps à manger et dormir. Ils ont peu de distractions, les principales sont le tir à l'arc, qui est à peu près uniquement réservé aux chefs, et où ils ne recherchent que la plus grande distance ; pour tirer, ils mettent un genou à terre, et laissent tomber l'arc à l'instant où la flèche le quitte. J'en ai vu un envoyer sa flèche à 274 yards, et il ne regardait pas ce coup comme un exploit exceptionnel.





Coucher de soleil sur Moorea





Ils n'ont que peu de connaissances en musique, et pourtant ils l'aiment beaucoup ; ils n'ont que deux instruments, la flûte et le tambour. Leurs flûtes sont faites d'un bambou creux, long d'environ quinze pouces et percé de trois trous, dans l'un desquels ils soufflent avec une narine, en bouchant et débouchant les deux autres avec le pouce de la main gauche ; par ce moyen ils produisent quatre notes dont ils ont fait un air qui leur sert dans toutes les occasions et sur lequel ils chantent des chansons composées de deux vers généralement rimés. À n'importe quel moment de la journée, ils amusent leurs loisirs en chantant ces couplets, mais plus spécialement quand la nuit est tombée et qu'ils sont éclairés avec ces noix très huileuses qui leur servent de chandelles : elles sont embrochées les unes au-dessus des autres sur une petite baguette, et il leur arrive souvent de les faire brûler une heure après la fin du jour, et bien plus longtemps quand ils reçoivent des étrangers dans leurs maisons. Leurs tambours sont faits d'un bloc de bois creux recouvert de peau de requin et à la place de baguettes ils se servent de leurs mains. Ils jouent ainsi cinq ou six airs, et accompagnent la flûte.





Quatre jeunes Tahitiens assis, dont l'un joue de la flûte nasale (vivo) ; cliché, fin XIXe siècle





C'est surtout pour les hihivas qu'ils se servent de leur tambour ; c'est-à-dire des réunions de plusieurs musiciens, deux ou trois tambours par exemple, autant de flûtes et de chanteurs, qui vont jouer de maison en maison, et sont toujours récompensés par le chef de famille, qui leur donne une pièce d'étoffe, ou toute autre chose dont il peut disposer, en échange de quoi ils restent trois ou quatre heures durant lesquelles une foule se rassemble dans sa maison, car ils sont tous fous de ce divertissement.





Coucher de soleil sur l'île de Bora-Bora





Leurs canots sont tous très étroits, et quelques-uns des plus grands ont soixante ou soixante-dix pieds de long Ils sont faits de plusieurs pièces, le fond est arrondi et se compose de larges poutres creusées jusqu'à n'avoir plus que trois pouces environ d'épaisseur ; ce fond. comprend trois ou quatre morceaux. Les flancs sont en planches presque de la même épaisseur, placées presque perpendiculairement, et légèrement incurvées du côté du plat-bord. Les morceaux qui constituent l'embarcation sont bien ajustés, fixés ou cousus ensemble avec une tresse solide, qui ressemble au raccommodage des vieilles porcelaines, des bols de bois, etc. La plus grande largeur est à l'arrière où il y a généralement dix-huit ou vingt pouces, et l'avant est plus étroit d'un tiers. La hauteur du fond au plat-bord dépasse rarement deux pieds et demi ou trois pieds. La poupe est haute et en forme de courbe, généralement ornée de bois sculpté ; la proue n'est presque pas incurvée. Les embarcations de modèles plus petits sont construites sur le même plan, quelques-unes d'un, deux ou trois arbres, suivant les dimensions que l'on veut obtenir, ou suivant l'usage auquel on les destine. Afin de les empêcher de chavirer, tous ceux qui sortent seuls, les grands comme les petits, ont ce qu'on appelle des boute-hors, c'est-à-dire des morceaux de bois fixés aux plats-bords et qui dépassent d'un côté de six, huit ou dix pieds, suivant la dimension du bateau. Au bout est fixé simplement, en direction parallèle au canot, une longue poutre de bois (qui a parfois la forme d'un petit bateau, mais ce n'est pas très fréquent) qui traîne dans l'eau et fait balancier. Ceux qui naviguent à la voile n'ont de boute-hors que sur le côté opposé, en face du mât. Les haubans sont attachés à ce balancier, qui est absolument nécessaire pour mettre le bateau en estive lorsque le vent est frais. Les proues ont les unes un, les autres deux mâts. Les voiles sont en nattes étroites au sommet et carrées à la base, quelque chose comme les voiles dites « épaule de mouton », semblables à celles dont on se sert dans les barges des vaisseaux de guerre.






Ayant décrit de mon mieux les mœurs et coutumes de ces peuples, on s'attendra à ce que je donne quelques indications sur leur religion, qui est une chose sur laquelle j'ai si peu de renseignements que j'ose à peine aborder ce sujet, et l'aurais passé sous silence si ce n'était mon devoir et en même temps mon inclination de mentionner dans ce journal tout ce que j'ai pu apprendre d'un peuple privé pendant bien des siècles de communications avec les autres parties du monde.





ïle de Bora-Bora





Les naturels de cette île croient qu'il existe un Dieu suprême qu'ils nomment Tani. De lui sont issues nombre de divinités inférieures, qu'ils appellent ihatouas ; celles-ci règnent sur eux et interviennent dans leurs affaires. Ils leur font des offrandes telles que porcs, chiens, poissons, fruits, etc., et les invoquent dans quelques occasions particulières, de même que dans les moments de danger apparent ou réel, le départ pour un long voyage, les maladies, etc. Les moraïs, que nous avions d'abord pris pour des sépultures, sont édifiés uniquement en vue du culte et pour l'accomplissement des cérémonies religieuses. Les viandes sont posées sur des autels dressés à huit, dix à douze pieds de haut, sur de solides poteaux, et la table de l'autel sur laquelle reposent les viandes est généralement faite de feuilles de palmier ; elles ne sont pas toujours à l'intérieur du moraï, mais souvent à une certaine distance. Les moraïs sont considérés comme sacrés, ainsi que les tombes, et les femmes n'y entrent jamais1. Les viandes placées près des monuments funéraires sont destinées, nous a-t-on dit, non aux morts, mais à l'ihatoua ; ce sont des offrandes qu'on lui fait à l'occasion d'une mort, sans quoi il pourrait détruire le corps sans accepter l'âme. Car ils croient à une vie future dans laquelle il y aura des récompensés et des punis, mais je ne sais quelle idée ils s'en font. En quelques endroits, nous avons vu de petites maisons situées à l'écart et consacrées aux offrandes que l'on fait à l'ihatoua qui consistent en petits morceaux d'étoffe, viandes, etc. Je crois qu'ils offrent à l'ihatoua une bande ou un petit morceau de chaque pièce d'étoffe qu'ils fabriquent avant de s'en servir eux-mêmes ; et il n'est pas invraisemblable qu'ils observent la même pratique en ce qui concerne leurs victuailles. Mais ce ne peut pas être une coutume générale, car il n'y a que quelques-unes de ces petites maisons ; il se peut qu'elle ne soit suivie que par les prêtres, ou certaines familles plus religieuses que d'autres.





Cliché, Adolphe Sylvain





Je viens de mentionner les prêtres ; il y a en effet des hommes qui exercent cette fonction, Toupia est du nombre. Ils ne paraissent pas jouir d'une grande considération, pas plus qu'ils ne peuvent vivre entièrement de leur profession, et j'en conclus que ces peuples, bien qu'ayant une religion, ne sont pas portés à la bigoterie. En certaines occasions les prêtres font office de médecins, et les traitements qu'ils appliquent consistent surtout dans l'accomplissement en présence de la personne malade de quelque cérémonie religieuse. De même ils couronnent le ihari dihaï, c'est-à-dire les rois, événement qui est, paraît-il, entouré de beaucoup de pompe et de cérémonies, après quoi chacun est libre de jouer tous les tours qu'il lui plaira au nouveau roi pendant tout le reste de la journée.







Il y a une cérémonie qui a lieu aux funérailles, ou après, que j'ai oublié de mentionner à sa place ; nous avons eu l'occasion de la voir quelque temps avant de quitter l'île. Une vieille femme, parente de Toubouratomita, vint à mourir et fut enterrée de la façon habituelle. Après cela, plusieurs soirs de suite, quelqu'un de sa famille s'habilla d'un vêtement des plus étranges, dont on ne peut se faire une idée plus juste qu'en se représentant un homme revêtu de panaches de plumes, quelque chose qui ressemblerait à ceux dont on orne les carrosses, les corbillards, les chevaux, etc. Ce vêtement était fait, très minutieusement, d'étoffe noire ou brune, et blanche, de plumes noires et blanches, et de coquilles d'huîtres perlières. Il couvrait la tête, le visage, le corps jusqu'aux chevilles ou même plus bas, et produisait un effet de magnificence, en même temps que d'horreur. L'homme ainsi costumé, accompagné de deux ou trois autres hommes ou femmes dont le visage et le corps sont enduits de suie, et qui tiennent à la main un gourdin, se mettent, au moment du coucher du soleil, à courir de tous côtés sur un espace d'environ un mille, et dès qu'ils s'approchent tout le monde fuit comme s'ils étaient autant de mauvais génies, et personne n'ose rester sur leur chemin. Je ne sais pas la raison de cette cérémonie, qu'ils appellent hihivas, du même nom qu'ils donnent à leurs divertissements.



James Cook (1728-1779) ; Relation de voyages autour du monde ; premier voyage, 1768-1771







1. Ce fut seulement lors du deuxième voyage que Cook découvrit les sacrifices humains. Le cannibalisme ne fut jamais dans les mœurs de ces peuples. C'est après le débarquement des missionnaires du Duff en 1797 que l'on acquit de l'île une connaissance complète. Les missionnaires français parurent en 1836 et la France annexa l'île en 1843.











P.S. À suivre, un supplément illustré des voyages de James Cook à Tahiti ...

Ce post est la 200e publication du blog les Délices de M. Ogre ...



Réplique de l'endeavour









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2 commentaires:

Chryseis a dit…

Et vive la 200ème !! Hip Hip Hip !!

M. Ogre a dit…

... Merci, merci chère Chryseis ...
Et j'émet le voeuxxx très sincère de lire votre 200e ...

Bien à vous