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lundi 28 février 2011

Un article exclusif de notre (jeune) reporter à Tripoli...




Par le capitaine H.

Accapareur, bachi-bouzouk, ectoplasme, topinambour, vaurien, flibustier, gargarisme, Mamelouk, mégalomane, bougre de phénomène de moule à gaufres de tonnerre de Brest, naufrageur, ornithorynque, pauvre type, protozoaire, rapace, saltimbanque, sapajou, tchouk-tchouk-nougat, tortionnaire, négrier, cuistre, olibrius, trafiquant de chair humaine, ver de terre, analphabète diplômé, vieille baderne, zouave interplanétaire, anthropopithèque, flibustier de carnaval, amiral de bateau-lavoir, boit-sans-soif, bougre d'ectoplasme à roulettes, brigand, pyromane, catachrèse, choléra, phlébotome, cloporte, Cyrano à quatre pattes, doryphore, dynamiteur, canaille, énergumène, zigomar, esclavagiste, saleté d'appareil à sous, extrait d'hydrocarbure, pyrophore, fatma de prisunic, garde-côtes à la mie de pain, sous-produit d'ectoplasme, apprenti-dictateur à la noix de coco, graine de vaurien, trombone à coulisse, voleur d'enfants, gredin, pyrophore, grotesque polichinelle, rhizopode, iconoclaste, invertébré, jocrisse, apophtegme, sinapisme, clysopompe, pirate,  jus de reglisse, coloquinte à la graisse de hérisson, lépidoptère, autocrate, troglodyte, loup-garou à la graisse de renoncule de mille tonnerres de Brest, cercopithèque, bougre d'extrait de cornichon, simili-Martien à la graisse de cabestan, trompe-la-mort, cromagnon, sacré mitrailleur à bavette, vivisectionniste, clown, anacoluthe, Zapotèques, anthropophage, patagon de zoulou, renégat, coléoptère...


Accapareur, bachi-bouzouk, ectoplasme, topinambour, vaurien, flibustier, gargarisme, Mamelouk, mégalomane, bougre de phénomène de moule à gaufres de tonnerre de Brest, naufrageur, ornithorynque, pauvre type, protozoaire, rapace, saltimbanque, sapajou, tchouk-tchouk-nougat, tortionnaire, négrier, cuistre, olibrius, trafiquant de chair humaine, ver de terre, analphabète diplômé, vieille baderne, zouave interplanétaire, anthropopithèque, flibustier de carnaval, amiral de bateau-lavoir, boit-sans-soif, bougre d'ectoplasme à roulettes, brigand, pyromane, catachrèse, choléra, phlébotome, cloporte, Cyrano à quatre pattes, doryphore, dynamiteur, canaille, énergumène, zigomar, esclavagiste, saleté d'appareil à sous, extrait d'hydrocarbure, pyrophore, fatma de prisunic, garde-côtes à la mie de pain, sous-produit d'ectoplasme, apprenti-dictateur à la noix de coco, graine de vaurien, trombone à coulisse, voleur d'enfants, gredin, pyrophore, grotesque polichinelle, rhizopode, iconoclaste, invertébré, jocrisse, apophtegme, sinapisme, clysopompe, pirate,  jus de reglisse, coloquinte à la graisse de hérisson, lépidoptère, autocrate, troglodyte, loup-garou à la graisse de renoncule de mille tonnerres de Brest, cercopithèque, bougre d'extrait de cornichon, simili-Martien à la graisse de cabestan, trompe-la-mort, cromagnon, sacré mitrailleur à bavette, vivisectionniste, clown, anacoluthe, Zapotèques, anthropophage, patagon de zoulou, renégat, coléoptère...

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dimanche 21 novembre 2010

... De la Nature Humaine...





Depuis quelques semaines les Parisiens peuvent voir au Jardin d'Acclimatation une exhibition ethnographique des plus curieuses : c'est une caravane composée de vingt-six Somalis, hommes, femmes et enfants. Grâce à l'amabilité bien connue de M. Geoffroy Saint-Hilaire, nous avons pu examiner de près et en détails ces échantillons d'une race humaine qu'on n'a pas souvent l'occasion de voir à Paris. La description, que nous en donnons ici, est rédigée d'après le plan invariable que nous nous sommes fixé pour nos descriptions ethnographiques.


Exposition coloniale de Nogent sur Marne 1907

Le pays. -Tous les Somalis du Jardin d'Acclimatation proviennent de cette partie de la côte africaine qui se trouve exactement au-dess[o]us d'Aden, ils appartiennent aux tribus Habr-Auel, Habr-Junis, Habr-Gerhadjis, Habr-Toldjaleh, Dolbohanta, etc. Mais les Somalis, en général, occupent un territoire beaucoup plus vaste, car ils sont répandus sur toute la surface de cette pointe nord-est du continent africain, qui touche, d'un côté au golfe d'Aden, et de l'autre à l'océan Indien.

Au nord, ils vont jusqu'à l'Abyssinie ; au sud, ils s'étendent jusqu'au territoire du sultan de Zanzibar ; vers l'Ouest, le pays étant mal connu, les limites sont indécises. De plus, les Somalis sont continuellement en guerre avec les Gallas, leurs voisins de ce côté.

La région habitée par nos Somalis peut se diviser en trois parties : 1° le littoral, où on trouve quelques gros villages auxquels on donne le nom de villes ; 2° une longue chaîne de montagnes calcaires qui longent cette première zone ; 3° le plateau intérieur, couronné de hautes montagnes, où vivent les nomades. On peut dire, en général, que le pays est peu arrosé.

Actuellement, les pays Somalis sont sous le protectorat de l'Angleterre, qui a quelques postes dans les bourgades principales de la côte.


"Une femme Somalis [sic] et son enfant, passant devant les visiteurs au Jardin d'Acclimatation de Paris."
(D'après une photographie instantanée de M. Maurice Bucquet, 1890)

L'homme. -Les habitants de la région Somal se donnent à eux-mêmes le nom de Somalis, que quelques auteurs, pour des raisons philologiques assez discutables, veulent écrire Çomalis. Les Somalis racontent qu'ils sont originaires d'Arabie. On trouve chez eux deux types bien distincts, qui avaient été observés par les anciens Égyptiens. Le premier se rapprocherait de celui des populations dites Kouschites, tandis que l'autre, sans être véritablement nègre, appartient à un type plus ou moins négroïde. C'est cette double origine des populations Somalis qui explique les variations de couleur de la peau, que l'on observe sur les individus du Jardin d'Acclimatation. La couleur de la peau varie, en effet, depuis le ton chocolat clair jusqu'à un ton noir assez foncé.

Le second de ces types est caractérisé par un front lisse, arrondi et oblique, des narines massives et dilatées, des lèvres épaisses, un menton fuyant. Ces quelques caractères tendent à rapprocher ce type des nègres, mais il s'en éloigne cependant par l'ensemble de la physionomie. Quant au premier type, il a, au contraire, le front haut et droit, une mâchoire supérieure très peu prognathe, le nez un peu busqué et fin. Les pommettes sont peu visibles, les lèvres sont d'épaisseur moyenne. Le profil de ce type a beaucoup de ressemblance avec celui des Bedjahs de la Nubie.

Les femmes sont souvent atteintes de stéatopygie.


Tarrach Aden, 20 ans, tribu Habr Jounis, Ayal Ishac.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890

Alimentation. - La nourriture des gens de la côte se compose principalement de riz, de dattes, de moutama. Les nomades vivent généralement de laitage et de bétail. Pour les grands voyages, ils emportent des calebasses, renfermant des morceaux de mouton grillé, noyés dans du beurre fondu. Ils mangent les gazelles, mais jamais les oiseaux. Au Jardin d'Acclimatation, ils veulent tuer eux-mêmes les moutons devant servir à leur nourriture. Ils sont, en général, très gloutons. Ils boivent du lait et de l'eau, jamais de liqueurs spiritueuses. Les nomades se procurent du feu, en frottant deux morceaux de bois l'un contre l'autre. Les ustensiles de cuisine sont assez grossiers, ce sont des vases en terre noire sans ornements, les cuillères et les plats sont en bois.


Balla Mohamed, tribu Habr Anel, M'Chahil, 25 ans.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890



Habitations. - Les demeures somalis consistent en des « gourguis », faits de nattes et de peaux ; elles sont transportables. Sur la côte, il existe des cabanes plus spacieuses ; elles sont carrées et renferment plusieurs pièces. L'ameublement de ces cabanes consiste en un tabouret en bois ou en un lit formé de montants supportant un chassis en cordes.


Handoulla Abdi, tribu Toumal (forgeron) Ambour, 20 ans.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890


Habillement . -. Le costume des deux sexes est assez peu compliqué, on se drape dans une pièce d'étoffe. Les femmes l'agrafent sur l'épaule gauche, laissant parfois un sein a découvert. Elles se forment une espèce de jupe en se ceignant d'une ceinture.

La chaussure consiste en une espèce de sandale. Les nomades ont le même costume, seulement il est en peau. Au cou ils portent un petit sachet de cuir renfermant une prière du Coran. Comme ornements, les femmes portent des boucles d'oreilles, des colliers, des bracelets aux coudes et aux poignets. Leurs cheveux sont enfermés dans une coiffe. Les enfants ont la tête en partie rasée, à l'exception de deux bandes de cheveux qui se coupent à angle droit sur le sommet de la tête. Le Somalis s'occupe beaucoup de sa chevelure. Plus elle est longue et rougeâtre, plus le propriétaire en est fier. La couleur rouge s'obtient à l'aide de l'eau de chaux.

Les armes sont : le petit bouclier rond fait en peau d'antilope, la massue et les deux lances qu'ils projettent au loin avec une grande vigueur. Les nomades ont de plus un arc avec lequel ils lancent des flèches empoisonnées et une fronde. Sur la côte ils ont quelques fusils.

Dahabo Hersi, tribu Habf Toldjalé, 24 ans.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890



Agriculture.- Les cultures n'existent pas, cela tient, dit M. Révoil, aussi bien à la paresse incarnée des indigènes, qu'à la nature du sol qui manque de terre végétale.


Ahmed Hersi, tribu Habr Jounis, Ayal Ishac, 13 ans.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890


Caractères moraux. -L'hospitalité entre indigènes se donne, surtout sur la côte, assez généreusement. Le vol et le brigandage, exercés avec audace, ont quelque chose de méritoire pour le Somalis. En signe d'amitié, ils se serrent la main. Le serment s'emploie souvent, mais ils n'y attachent pas grande importance, si ce n'est lorsqu'il s'agit de « vendetta » : celui-là, on le tient.

Les Somalis ne possèdent pas d'instruments de musique : en dansant, ils s'accompagnent de la voix et des mains.

L'islamisme est la seule religion des Somalis. Ils sont fort superstitieux. Il y a cependant de nombreuses légendes qui ont cours chez eux ; il est question des serpents qui, parfois, dit-on, poursuivent les voleurs jusqu'à ce qu'ils aient abandonné les objets volés.


Gahha Aman, Habr Anel, Isa Moussa, 2 ans.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890


Institutions sociales. - Les jeunes Somalis ne peuvent se marier avant l'âge de 15 ans ; les riches seuls ont plusieurs femmes, mais ils ne peuvent en avoir qu'une sous le même toit. Le divorce se pratique assez souvent, la femme redevient alors complètement libre de ses actes.

Les femmes ne portent pas de voile comme les Arabes. Les morts sont enterrés suivant le rite musulman : le corps est cousu dans un linceul de peau ou de toile, on le porte à la mosquée où l'on dit les prières d'usage ; il est ensuite conduit en terre.


Ismaïl Omar, tribu Habr Jounis, Abdallah Ishac, 2 ans.
Cliché pris au jardin d'acclimatation, 1890


Au point de vue social, les Somalis se divisent en trois classes : la première est celle des riches propriètaires, la seconde celle des bédouins, et enfin la dernière celle des midgans. Les esclaves sont peu nombreux.

Telle est, à grands traits, la description de ce peuple Somalis qui habite un pays si affreux et si désolé, que M. Révoil le caractérise en disant que le « seul champ que l'on y cultive, est le champ des morts ».

Prince Roland Bonaparte (1854-1928) : Les Somalis au Jardin d'Acclimatation de Paris,
in La Nature, 1890, pp. 247-250


dimanche 28 février 2010

... Des Amours incestueux des rois ...


Masque d'or et de pierres semi-précieuses de la momie de Toutankhamon (Musée du Caire)


... Je sais bien que certains trouveront cela dégoûtant ... Pourtant vous n'imaginez pas ce que la publication de ce dernier rapport, pour l'instant publié uniquement en anglais dans la revue Journal of American Medical Association, me régale à l'extrême ... En un mot, je me pourlèche depuis quelques jours en lisant tout ce que je puis trouver sur le sujet, au détriment de travaux bien plus importants que j'ai à faire ... Ecce Ogro !!!

Ci-dessous, un article tiré d'une des nombreuses revues et des nombreux quotidiens à avoir publié sur le sujet et signé par Jean-Luc Goudet. Publié ici, et très légèrement augmenté d'un certain nombre de détails trouvés ailleurs ou dans ma propre bibliothèque ... (que l'auteur veuille bien m'en excuser ... les autres iront voir la source principale de cet article ...) ... je l'ai illustré  avec ce que j'ai pu trouver dans mes placards ... Et puis, promis, je ne vous la fais pas trop longue ... une foi n'est pas coutume (Jacques Prévert) ...


Masque d'or et de pierres semi-précieuses de la momie de Toutankhamon (Musée du Caire)


Les analyses génétiques ont parlé. Toutankhamon ne serait pas le fils de Néfertiti. 

Il serait le fruit des amours incestueuses d'Akhenaton, pharaon, et de l'une de ses sœurs. Quant à la mort précoce du jeune pharaon, elle serait due au paludisme et a sans doute été précipitée par quelques tares génétiques. 


Tête de la momie de Toutankhamon


L'inénarrable docteur Zahi Hawass , l'homme au Stetson vissé sur la tête à l'image d'Indiana Jones, son héros, a révélé à la presse mondiale ce mercredi 17 février au musée du Caire, les résultats des analyses génétiques conduites sur plusieurs momies, dont celle de Toutankhamon.

L'étude, réalisée par des équipes de la Faculté de médecine du Caire, du Centre de recherche national égyptien, de l'université de Tübingen (Allemagne) et de l'Eurac (Italie), vient d'être publiée dans le Journal of the American Medical Association. Elle éclaire d'un jour nouveau le destin étrange et si court du pharaon Toutankhamon, précisant également les filiations de la famille royale sur cinq générations.

Bijou du trésor royal. Tombe de Toutankhamon


D'après les historiens, Toutankhamon est le fils d'Amenhophis IV (ou Amenhotep IV) et de sa femme Néfertiti. [...] Ce pharaon original réduit le pouvoir des prêtres et instaure le culte d'Aton, le disque solaire, au point de changer de nom pour devenir Akhenaton, « celui qui plaît à Aton ». 

À sa mort, le pouvoir religieux prend sa revanche et rétablit les croyances orthodoxes, dans lesquelles  le dieu Amon (le dieu "caché"... et à l'opposé donc du dieu visible par tous que représente Aton ...) tient un rôle principal. 

Le tout jeune pharaon, âgé de 9 ans, Toutankhaton, est débaptisé et nommé Toutankhamon. Mort très jeune (à 19 ans), il est inhumé avec fastes, comme en témoigne sa célèbre momie richement parée. 



Bijou du trésor royal. Tombe de Toutankhamon

En 2005, Zahi Hawass et ses équipes ont entamé une série d'études sur cette momie. Une analyse au scanner CT (ou tomographie) a infirmé l'hypothèse d'un assassinat, fondée sur la présence d'un trou dans la boîte crânienne (lequel aurait été pratiqué au moment de la momification). Aujourd'hui, l'analyse génétique nous en dit bien plus sur ce jeune pharaon de la 18e dynastie, qui vécut au 14e siècle av. J.-C.. 

En langage d'égyptologue, l'ADN fait de Toutankhamon le fils de KV55 et de KV35YL. En langage clair, d'Akhenaton et de la Jeune Dame. La momie trouvée dans la tombe numérotée KV55 est attribuée en effet au quatrième pharaon Amenhotep (alias Akhénaton ...). Quant à la momie KV35YL, surnommée "Jeune Dame" (Young Lady), on pensait jusque-là qu'elle n'était autre que la belle Néfertiti. Mais elle aussi a subi des tests génétiques et son ADN montre qu'elle était la sœur d'Akhenaton. Par ailleurs, les études génétiques révèlent aussi que Akhenaton était le fils d'Amenhotep III et de Tiyi, tout comme la Jeune Dame de la tombe KV35YL, laquelle ne peut donc être Néfertiti, a conclu Zahi Hawass.



Crâne de la momie KV55 (Akhénaton ...)




Restes de la momie KV35YL (Young Lady ...), soeur d'Akhénaton et mère de Toutankhamon




Restes de la momie KV35YL (Young Lady ...), soeur d'Akhénaton et mère de Toutankhamon


Toutankhamon est donc bien le fils de son père légitime (certains égyptologues en faisaient son frère) mais pas de la femme de son père. Sa mère était la sœur de son père ... L'inceste était coutumier dans les lignées royales de l'Egypte antique et le fait n'est pas surprenant. Toutankhamon a d'ailleurs été marié à Ankhesenpaamon (née Ankhesenpaaton), fille de Néfertiti et d'Akhenaton et donc sa demi-soeur ... 

Les autres momies étudiées, celles de Youya et Touya, seraient, respectivement, le père et la mère de Tiyi et donc les grands-parents d'Akhenaton. Le mystère demeure, en revanche, pour les deux foetus retrouvés dans la tombe de Toutankhamon. Il en serait le père, nous dit l'ADN, mais leur mère reste inconnue.




 Momie KV35OL (Old Lady ...), la reine Tiyi, 1ère épouse royale d'Amenothep III, mère d'Akhénaton et grand-mère de Toutankhamon





Momie KV35OL (Old Lady ...), la reine Tiyi, 1ère épouse royale d'Amenothep III, mère d'Akhénaton et grand-mère de Toutankhamon




Momie de foetus, trouvé dans la tombe de Toutankhamon



Les résultats des test ADN précisent également les causes de la mort prématurée de Toutankhamon. De nombreuses thèses ont circulé, la dernière en date étant celle d'une gangrène fulgurante après une chute de char. Les chercheurs ont repéré les gènes d'un parasite connu, Plasmodium falciparum, agent du paludisme (ou malaria). La maladie a également été détectée chez trois autres membres de la famille. Les parents de Toutankhamon lui ont aussi légué quelques tares, notamment la maladie de Köhler, une nécrose des os qui déforme le pied et génère des douleurs pénibles (d'où, sans doute, la présence de nombreuses cannes trouvées dans la tombe de ce dernier ...)



Arbre généalogique, résultant des dernières études concernant la famille amarnienne ...




Bijou du trésor royal. Tombe de Toutankhamon

Une autre thèse est infirmée, celle du syndrome de Marfan, qui aurait pu expliquer l'aspect physique, étonnamment longiligne, des représentations de la famille royale, simplement idéalisées par les artistes, qui suivaient la mode du moment, faisant du pharaon une figure d'adoration. 


Momie de Toutankhamon


Avec son paludisme, les malformations et la nécrose des os, le pharaon éphémère ne semblait pas avoir une grande chance de vivre vieux. Le jeune homme a trouvé sa revanche sur le destin grâce aux fastes de sa momification, qui en ont fait une célébrité 34 siècles plus tard, quand Howard Carter a découvert sa tombe en 1922.


Howard Carter (1874-1939) devant la momie de Toutankhamon, en 1922

vendredi 8 janvier 2010

... Lendemain de fête ...



Jean-François de Troy (1679-1752) ; Le déjeuner d'huîtres, 1734


À Paris, ce [dimanche] 26 avril 1671


Il est dimanche 26 avril ; cette lettre ne partira que mercredi, mais ceci n'est pas une lettre, c'est une relation que vient de me faire Moreuil, à votre intention, de ce qui s'est passé à Chantilly touchant Vatel. Je vous écrivis vendredi qu'il s'était poignardé ; voici l'affaire en détail.

Le Roi arriva jeudi au soir. La chasse, les lanternes, le clair de la lune, la promenade, la collation dans un lieu tapissé de jonquilles, tout cela fut à souhait. On soupa. Il y eut quelques tables où le rôti manqua, à cause de plusieurs dîners où l'on ne s'était point attendu. Cela saisit Vatel. Il dit plusieurs fois : « Je suis perdu d'honneur ; voici un affront que je ne supporterai pas. » Il dit à Gourville : « La tête me tourne, il y a douze nuits que je n'ai dormi. Aidez-moi à donner des ordres. » Gourville le soulagea en ce qu'il put. Ce rôti qui avait manqué, non pas à la table du Roi, mais aux vingt-cinquièmes, lui revenait toujours à la tête. Gourville le dit à Monsieur le Prince*. Monsieur le Prince alla jusque dans sa chambre, et lui dit : « Vatel, tout va bien ; rien n'était si beau que le souper du Roi. » Il lui dit : « Monseigneur, votre bonté m'achève ; je sais que le rôti a manqué à deux tables. - Point du tout, dit Monsieur le Prince ; ne vous fâchez point : tout va bien. » La nuit vient. Le feu d'artifice ne réussit pas ; il fut couvert d'un nuage. Il coûtait seize mille francs. À quatre heures du matin, Vatel s'en va partout ; il trouve tout endormi. Il rencontre un petit pourvoyeur qui lui apportait seulement deux charges de marée ; il lui demanda : « Est-ce là tout ? » Il lui dit : « Oui, Monsieur. » Il ne savait pas que Vatel avait envoyé à tous les ports de mer. Il attend quelque temps ; les autres pourvoyeurs ne viennent point. Sa tête s'échauffait ; il croit qu'il n'aura point d'autre marée.

Nicolas Lancret (1690-1743) ; Déjeuner dans un parc, v. 1735


Il trouve Gourville et lui dit : « Monsieur, je ne survivrai pas à cet affront-ci ; j'ai de l'honneur et de la réputation à perdre. » Gourville se moqua de lui. Vatel monte à sa chambre, met son épée contre la porte, et se la passe au travers cœur, mais ce ne fut qu'au troisième coup, car il s'en donna deux qui n'étaient pas mortels ; il tombe mort. La marée cependant arrive de tous côtés. On cherche Vatel pour la distribuer. On va à sa chambre. On heurte, on enfonce la porte, on le trouve noyé dans son sang. On court à Monsieur le Prince, qui fut au désespoir. Monsieur le Duc** pleura ; c'était sur Vatel que roulait tout son voyage de Bourgogne. Monsieur le Prince le dit au Roi fort tristement. On dit que c'était à force d'avoir de l'honneur en sa manière ; on le loua fort. On loua et blâma son courage. Le Roi dit qu'il y avait cinq ans qu'il retardait de venir à Chantilly, parce qu'il comprenait l'excès de cet embarras. Il dit à Monsieur le Prince qu'il ne devait avoir que deux tables et ne se point charger de tout le reste ; il jura qu'il ne souffrirait plus que Monsieur le Prince en usât ainsi. Mais c'était trop tard pour le pauvre Vatel. Cependant Gourville tâche de réparer la perte de Vatel ; elle le fut. On dîna très bien, on fit collation, on soupa, on se promena, on joua, on fut à la chasse. Tout était parfumé de jonquilles, tout était enchanté. [...]

Extrait d'une lettre à sa fille, Mme de Grignan,
de Madame la Marquise de Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, 1626-1696)

Jean-François de Troy (1679-1752) ; Le déjeuner de chasse, 1737


* Le Prince de Condé, parent du Roi, prince du sang de la maison Bourbon-Condé
** Le Duc d'Enghien, fils du Prince de Condé

vendredi 4 septembre 2009

Soleil ...



Buste d'Akhénaton


Hymne à Rê-Horakhty-qui-exulte-à l'Horizon-en-son-nom-de-Chou-qui-est-sous-la-forme-d'Aton (en vie pour toujours et à jamais !), Aton vivant, le vénérable qui est dans le jubilé, seigneur de tout ce qu'entoure Aton, seigneur du ciel, seigneur de la terre, seigneur de la Maison-d'Aton à Akhetaton, au roi [...] Akhenaton, grand par sa durée de vie, et à la grande épouse royale, son aimée, [...] Nefertiti (en vie, santé et jeunesse pour toujours et à jamais !).



Le couple Akhénaton-Nefertiti et leurs filles



Le vizir flabellifère à la droite du roi, directeur de tous les chevaux de Sa Majesté, celui qui comble le pays entier. celui qu'a favorisé le dieu parfait, le père divin Ay dit :



Le couple Akhénaton-Nefertiti et leurs filles


Que ton apparition est belle dans l'horizon du ciel, Aton vivant qui vécut le premier ! Dès que tu t'es levé dans l'horizon oriental, que tu as empli l'univers de ta beauté, radieux, majestueux, éblouissant, bien haut au-dessus de l'univers, tes rayons encerclent les pays jusqu'aux limites de toute ton œuvre. Étant Rê, tu atteins leurs limites, de façon à les subjuguer pour ton fils aimé. Bien que tu sois loin, tes rayons sont sur terre, et tu es devant eux qui contemplent ta course.



Mais dès que tu te couches dans l'horizon occidental, le pays est plongé dans les ténèbres en état de mort. Allongé dans les chambres, la tête couverte, nul ne peut voir l'autre ; leur vole-t-on tous les biens qu'ils ont sous la tête qu'ils ne s'en aperçoivent pas ! Tous les lions sont sortis de leurs tanières et tous les serpents mordent. Les ténèbres sont partout et le pays est dans le silence, quand leur créateur est couché dans son horizon.



Akhénaton et Néfertiti[?] adorant le disque solaire


À l'aube, dès que tu t'es levé à l'horizon, que tu brilles en astre du jour que tu repousses les ténèbres pour lancer tes rayons, le Double-Pays est en fête. On s'éveille, on se met sur ses pieds, car tu les as dressés. Les corps sont lavés, les habits passés, et les bras sont en adoration devant ton apparition. Le pays entier fait son travail et tous les animaux sont satisfaits de leur pâture.


Princesse amarnienne dégustant un canard



Arbres et plantes verdoient, les oiseaux se sont envolés de leur nid ; leurs ailes sont en adoration devant ton ka, et tous les animaux dansent sur leurs pattes ; tout ce qui s'envole et se pose vit quand tu te lèves pour eux. Les bateaux descendent et remontent le courant, et toutes les routes sont ouvertes à ton apparition. Les poissons dans le fleuve frétillent devant toi car tes rayons pénètrent dans la mer.




Princesses amarniennes


Toi qui produis les germes chez les femmes, et qui changes la semence en être humain, qui vivifies l'enfant dans le sein de sa mère, qui l'apaises et taris ses larmes, nourricier dans le sein, dispensateur du souffle, pour vivifier toute ton œuvre ! Lorsqu'il sort du sein pour respirer, au jour de sa naissance, tu ouvres grand sa bouche pour subvenir à ses besoins. L'oisillon dans l'œuf pépiant dans la coquille, tu lui donnes de l'air, à l'intérieur, pour le vivifier ; et quand tu lui as fixé son terme pour briser son œuf, il sort de l'œuf pour pépier à son terme, et marche sur ses pattes pour en sortir.

Néfertiti


Multiples sont tes actes, bien qu'ils soient invisibles, dieu unique, à côté duquel il n'est personne ! Tu as créé la terre à ton idée, alors que tu étais seul, avec les hommes, les troupeaux, tous les animaux, tout ce qui est sur terre et qui marche sur pattes, tout ce qui s'élève en volant de ses ailes, les contrées de Khor, de Kouch, et le pays d'Égypte. Tu as mis chacun à sa place pour subvenir à ses besoins, chacun a sa nourriture et son temps de vie calculé. Les langues sont différenciées et les races de même, et les peaux distinguées pour distinguer les peuples.



Couple Amarnéen



Tu as fait le Nil dans la Douat et tu l'apportes selon ton désir pour faire vivre les humains que tu as faits pour toi. Leur seigneur à tous, qui les as portés, seigneur de l'univers, qui te lèves pour eux, Astre du jour, grand de prestige, toutes les contrées lointaines, tu les fais vivre. Tu as placé le Nil dans le ciel pour qu'il tombe sur elles : il fait des vagues sur les montagnes comme une mer, pour baigner leurs champs et leurs villes.




Couple royal




Que ton action est efficace, seigneur d'éternité : le Nil du ciel, tu le donnes aux contrées étrangères et aux animaux de toutes les contrées qui marchent sur pattes, tandis que le Nil vient de la Douat pour le pays d'Égypte ! Tes rayons nourrissent toutes les plantations ; quand tu te lèves, elles vivent et poussent pour toi. Tu fais les saisons pour développer toute ton œuvre : l'hiver pour la rafraîchir et l'ardeur pour qu'elle te goûte. Tu as fait le ciel au loin pour t'y lever, et pour voir tout ce que tu as fait alors que tu étais seul. Levé dans ta forme d'Aton vivant, apparu, brillant, lointain et proche, tu prends des millions de formes à partir de ton unicité : cités et villes, champs, routes, fleuve. Chacun t'aperçoit en face de lui, quand tu es l'astre du jour au-dessus de la terre. Mais quand tu es parti, il n'y a plus aucun de ceux dont tu as créé le visage, au point que tu ne vois plus ton propre corps ni rien de ta création.



Princesses amarnéennes


Bien que tu sois dans mon coeur, il n'est personne qui te connaisse, excepté ton fils Neferkheperourê Ouâenrê, dont tu as fait qu'il fût conscient de ton dessein et de ta puissance : le pays est à ta disposition de même que tu l'as fait. (Tu t'es levé pour qu'ils vivent ; quand tu te couches, ils meurent.) Tu es la durée de vie par toi-même : on ne vit que par toi ; et les yeux seront fixés sur ta beauté jusqu'à ce que tu te couches. On abandonne tous les travaux quand tu te couches à l'occident, mais au lever, tu les fortifies pour le roi.



Buste de Tiyi, première épouse d'Amenhotep III et mère de Neferkheperourê Ouâenrê, futur Akhénaton


Tous ceux qui s'agitent depuis que tu as fondé le pays, tu les dresses pour ton fils issu de ta chair, le roi [...] Akhenaton, grand par sa durée de vie, et pour la grande épouse royale, son aimée, [...] Nefertiti (en vie, santé et jeunesse pour toujours et à jamais !).



Akhénaton et Néfertiti


Grand Hymne à Aton (vers 1330 av. notre ère), in ÉGYPTE Afrique & Orient, mai-juin-juillet 1999.
Traduction de Bernard Mathieu


samedi 30 mai 2009

Angleterre : 0 - France : 1 ... Ou de "j'irai revoir ma Normandie" ...





L'exhortation, brève en raison des circonstances, par laquelle il [Guillaume] ranima le courage et l'ardeur de ses soldats fut très belle, nous n'en doutons pas, bien qu'on ne nous l'ait point transmise dans toute sa dignité. Il rappela aux Normands qu'en maints grands périls, sous sa conduite, ils avaient toujours été vainqueurs. Il leur rappela à tous leur patrie, leurs exploits, leur renommée « C'est maintenant que votre bras doit prouver de quelle force vous êtes doués, de quel courage vous êtes animé. Désormais, il ne s'agit plus de vivre en maîtres, mais d'échapper vivants d'un péril imminent. Si vous combattez virilement, victoire, honneur, richesses seront à vous ; sinon, ou vous vous laisserez égorger, ou, captifs, vous servirez les caprices des plus cruels ennemis. Ajoutez à cela l'opprobre éternel que vous encourrez. Pour fuir, nulle voie ne s'ouvre : d'un côté, les combats et un pays ennemi et inconnu barrent la route ; de l'autre, la mer et des combats encore. Il ne sied pas à des hommes de se laisser terrifier par le nombre. Maintes fois les Anglais, défaits par le fer ennemi, ont péri ; la plupart du temps, subjugués, ils ont dû se rendre à l'ennemi ; jamais ils ne se sont illustrés par de hauts faits d'armes. Des hommes inexperts au combat peuvent être écrasés sans difficulté par le courage et la force d'un petit nombre [de guerriers], alors surtout que le secours d'en haut ne peut manquer de soutenir une juste cause. Qu'ils osent seulement et ne reculent jamais, bientôt la victoire les réjouira. »



... Et hic episcopus cibu[m] et potum benedicit. Odo episcopus. Willelm. Rotbert. Tapisserie de Bayeux, XIe siècle



Voici dans quel ordre avantageux il s'avança derrière l'étendard que le pape lui avait envoyé. Il plaça en tête des fantassins armés de flèches et d'arbalètes ; des fantassins également au second rang, mais plus sûrs et revêtus d'une cuirasse ; au dernier rang, les escadrons de cavalerie, au milieu desquels il prit place avec l'élite ; de là, il pouvait diriger de toutes parts, de la voix et du geste. Si quelque auteur de l'Antiquité eût décrit l'armée de Harold, il eût relaté qu'à son passage les fleuves se desséchaient, que les forêts faisaient place nette. Car, de toutes les contrées, d'énormes troupes d'Anglais avaient afflué. Les uns mus par affection pour Harold, tous par amour pour leur patrie qu'ils voulaient, bien que la cause fût injuste, défendre contre des étrangers. D'abondants secours leur avaient été envoyés du royaume danois auquel les attachait les liens du sang. Cependant, craignant d'affronter d'égal à égal Guillaume qu'ils redoutaient plus que le roi de Norvège, ils se cantonnèrent sur un lieu élevé, une hauteur proche de la forêt à travers laquelle ils étaient venus. Aussitôt, abandonnant l'aide des chevaux, tous se portèrent à pied, étroitement serrés les uns contre les autres. Le duc et les siens, nullement effrayés de ce lieu accidenté, se mirent à gravir peu à peu la pente escarpée.

Hautbert ou cotte de mailles d'un soldat normand



Le son terrifiant des trompettes annonça de part et d'autre le combat. La hardiesse enthousiaste des Normands engagea la bataille. Ainsi lorsque les orateurs plaident en justice une affaire de vol, celui-là ouvre le premier la plaidoirie qui poursuit le crime. C'est pourquoi les fantassins normands, s'avançant plus près, provoquent les Anglais et, par leurs projectiles, dirigent sur eux les blessures et la mort. Ceux-là leur résistent avec courage, chacun selon ses moyens. Sans arrêt, ils lancent, des épieux et toutes sortes de traits, les haches les plus meurtrières et des pierres fixées à des morceaux de bois. Sous ces traits, comme sous une masse porteuse de mort on peut croire les nôtres aussitôt écrasés. Les chevaliers viennent à la rescousse et ceux qui étaient les derniers, se trouvent les premiers. Répugnant de se battre de loin, ils affrontent le combat à l'épée. Les hautes clameurs des Normands d'un côté, des barbares de l'autre sont couvertes par le bruit des armes et les gémissements des mourants. Ainsi, quelque temps, on combat avec acharnement de part et d'autre. Les Anglais sont puissamment aidés par l'avantage d'une position plus élevée qu'ils tiennent, sans avoir à marcher à l'attaque, en restant fortement groupés ; par leur grand nombre et leur masse puissante, voire par leurs armes offensives, qui trouvent aisément passage à travers boucliers et autres pièces d'armure. Ils résistent donc vigoureusement à ceux qui osent les attaquer de près par l'épée, ou les repoussent. Ils blessent même ceux qui, de loin, lancent, sur eux leurs traits. Or, donc, voici qu'épouvantés par une telle férocité, fantassins et chevaliers bretons battent également en retraite, ainsi que tous les auxiliaires qui formaient l'aile gauche. Presque toute l'armée du duc ploie : ceci dit sans porter ombrage à la race invaincue des Normands. Les armées de la majesté romaine, même lorsqu'elles comportaient des contingents royaux, tout habituées qu'elles fussent à vaincre sur terre et sur mer, battirent parfois en retraite lorsqu'elles apprenaient que leur chef avait été tué ou lorsqu'elles le croyaient. Les Normands crurent que leur duc et seigneur avait succombé. Leur retraite ne fut donc pas une fuite honteuse, mais douloureuse, puisqu'ils [croyaient perdre] leur meilleur appui.



Hache de charpentier avec son manche, fer ; XIe-XIIe siècle



Le prince, voyant la plus grande partie du camp ennemi s'élancer à la poursuite des siens, se précipita au-devant des fuyards et les arrêta en les frappant ou en les menaçant de sa lance. Puis, ayant découvert sa tête et retiré son casque, il s'écria : « Regardez-moi. Je suis vivant et je serai vainqueur, Dieu aidant ! Quelle démence vous conseille la fuite ? Quelle voie s'ouvrira devant votre retraite ? Ceux que vous avez pouvoir d'immoler comme un troupeau vous repoussent et vous tuent ! Vous désertez la victoire et la gloire impérissable pour courir à votre perte et à l'opprobre éternel ! En fuyant, nul d'entre vous n'échappera à la mort. » A ces mots, ils reprirent courage. A leur tête, il s'élança en avant et, les foudroyant de son épée, il terrassa la nation ennemie qui, rebelle à lui-même, son roi [légitime], avait mérité la mort. Pleins de fougue, les Normands encerclèrent les quelques milliers d'ennemis qui les avaient suivis et les anéantirent en un clin d'œil, au point que nul ne survécut.


... Et hic milites festin averunt Hestinga ; Tapisserie de Bayeux, XIe siècle



Ainsi raffermis plus solidement encore, ils attaquèrent avec une vigueur accrue la féroce armée adverse qui, bien qu'elle eût subi de grandes pertes, ne paraissait nullement diminuée. Les Anglais, sûrs d'eux, résistaient de toutes leurs forces, cherchant surtout à éviter qu'une brèche ne s'ouvrît devant ceux qui les assaillaient. A cause de leur masse étonnamment serrée, c'est à peine si ceux qui étaient tués avaient la place de tomber. Toutefois, des brèches s'ouvrirent en plusieurs points sous le fer des plus valeureux guerriers. Suivirent de près Manceaux, Français, Bretons, Aquitains, Normands surtout, avec une bravoure hors de pair. Un certain jeune Normand, Robert, fils de Roger de Beaumont, neveu et héritier d'Hugues comte de Meulan, par sa mère Adeline, participant au combat pour la première fois en ce jour-là, accomplit un exploit digne d'être immortalisé. A la tête du bataillon qu'il commandait à l'aile droite, il attaqua et terrassa [les ennemis] avec une grande audace. Nous n'avons pas la possibilité, et il n'est point dans notre intention de narrer selon leur mérite les exploits de chacun. Le plus fécond écrivain, eût-il été témoin oculaire de cette guerre, aurait lui-même grand'peine à exposer chaque détail particulier, et nous avons hâte d'achever la louange du comte Guillaume pour chanter la gloire du roi Guillaume.

... In magno navigio ; Tapisserie de Bayeux, XIe siècle



Voyant qu'il leur serait impossible de vaincre sans grand dommage pour eux-mêmes des ennemis si nombreux qui résistaient en bloc, les Normands et les troupes associées battirent en retraite, simulant la fuite par ruse. Ils se rappelaient comment, peu auparavant, leur fuite avait été l'occasion du succès recherché. Chez les barbares, qui croyaient tenir la victoire, s'éleva une immense joie. Ils s'exhortaient mutuellement par une clameur triomphale, tandis qu'ils injuriaient les nôtres et les menaçaient de fondre tous sur eux à l'instant. De même qu' auparavant, quelques milliers d'entre eux eurent la hardiesse de s'élancer, comme s'ils eussent volé, à la poursuite de ceux qu'ils croyaient en fuite, quand soudain les Normands, tournant bride, les arrêtèrent au passage, les encerclèrent de toutes parts et les massacrèrent jusqu'au dernier.



... Hic Odo episcopus baculum tenens confortat pueros ; Tapisserie de Bayeux, XIe siècle



Ayant à deux reprises joué de cette ruse avec le même succès, ils attaquèrent avec la plus grande fougue le reste de l'armée, laquelle inspirait encore l'effroi et qu'il était très difficile d'envelopper. Alors commença un combat d'un genre inaccoutumé, l'un des adversaires attaquant par élans et mouvements divers, l'autre comme fiché en terre, supportant l'assaut. Les Anglais, faiblissaient et, comme s'ils confessaient leur faute par leur défaite même, ils subissaient le châtiment. Les Normands lancent leurs flèches, frappent, transpercent : plus que les vivants, les morts en tombant paraissent remuer. Ceux qu'atteignent de légères blessures ne peuvent échapper : ils périssent dans la presse sous la masse serrée de leurs compagnons. Ainsi, la fortune concourut, en l'accélérant, au triomphe de Guillaume.



... [H]ic ceciderunt si mul Angli et Fanci in prelio ; Tapisserie de Bayeux, XIe siècle



Participèrent à cette bataille Eustache, comte de Boulogne ; Guillaume, fils du comte d'Évreux Richard ; Geoffroi, fils du comte de Mortagne Rotrou ; Guillaume Fitz-Osbern ; Aimeri, gouverneur de Thouars ; Gautier Giffard ; Hugues de Montfort ; Raoul de Tosny ; Hugues de Grandmesnil ; Guillaume de Varenne ; et un grand nombre d'autres entre tous renommés pour leur haute valeur guerrière, dont il conviendrait d'inscrire les noms aux livres de l'histoire parmi ceux des plus vaillants guerriers. Quant à Guillaume, leur chef, il les surpassait en bravoure comme en sagesse. Aussi conviendrait-il à juste titre de le placer avant certains généraux de la Grèce et de Rome tant prônés dans les livres, de l'égaler à d'autre. Il dirigea remarquablement [la bataille], arrêtant les fuyards, ranimant les courages, partageant le danger, appelant à le suivre plus souvent qu'il ne commandait de marcher en avant. D'où il est clair que, chez lui, la bravoure ouvrit la route à ses guerriers et suscita leur audace. Une importante fraction de l'armée ennemie perdit courage sans avoir subi de dommage à la seule vue de cet étonnant et redoutable chevalier. Trois chevaux furent tués sous lui. Trois fois, il sauta à terre intrépide et se hâta de venger la mort de son destrier. C'est là qu'on put juger de sa vélocité. C'est là qu'on put [juger] de sa force corporelle et de sa bravoure. De son glaive furieux et rapide, il transperça écus, casques et cuirasses ; de son bouclier, il frappa plusieurs guerriers. Ses chevaliers s'étonnaient de le voir combattre à pied, nombreux furent ceux qui, accablés de coups, reprirent courage [à sa vue]. Quelques-uns mêmes, qui déjà perdaient leurs forces avec leur sang, appuyés sur leurs écus, combattirent virilement ; certains, incapables de faire plus, excitaient leurs compagnons de la voix et du geste à suivre le duc sans crainte, à ne point laisser échapper la victoire d'entre leurs mains. Il en aida et en sauva lui-même plusieurs.
Contre Harold, que dans les poèmes on égale à Hector ou à Turnus, Guillaume n'eût pas plus redouté de se mesurer en combat singulier qu'Achille contre Hector, ou Énée contre Turnus. Tydée, attaqué par cinquante hommes, s'aida d'un rocher ; Guillaume, son émule, qui ne lui est nullement inférieur par la naissance, seul n'en redouta point mille. L'auteur de la Thébaïde, ou celui de l'Énéide, qui, dans leurs livres, selon la manière des poètes, chantent des actions d'éclat qu'ils embellissent encore, eussent, des seuls exploits réels de ce héros, tiré la matière d'un poème non moins noble, mais plus digne et véridique. Et si, se haussant à la grandeur du sujet ils lui eussent consacré leurs chants, ils l'eussent assurément, par la beauté de leur style, placé au rang des dieux, Mais notre faible prose, qui se propose de noter humblement, à l'intention des rois, sa piété dans le culte du vrai Dieu - qui seul est Dieu de toute éternité jusqu'à la fin, des siècles et au delà - doit achever rapidement le récit véridique de cette bataille où il vainquit par la force et la justice.




Au déclin du jour, les Anglais se rendirent compte qu'ils ne pouvaient résister plus longtemps aux Normands. Ils se savaient affaiblis, de nombreuses troupes, ayant trouvé la mort, le roi lui-même, ses frères, et une partie des grands du royaume ayant péri ; tous ceux qui restaient étaient presque à bout de forces ; ils n'avaient aucun secours à attendre. Ils voyaient que les Normands n'étaient guère affaiblis par la mort de ceux qui avaient été tués, et, comme s'ils puisaient dans le combat des forces nouvelles, ils les pressaient plus vivement qu'au début ; que le duc, dans sa fougue implacable, n'épargnerait aucun de ceux qui lui résistaient ; que sa vaillance guerrière ne s'apaiserait qu'une fois victorieuse. Ils prirent, donc la fuite et s'éloignèrent aussi vite qu'ils purent, les uns sur des chevaux dont ils s'étaient emparés, les autres à pied, une partie par les chemins, le plus grand nombre par des lieux impraticables. Certains, baignés dans leur sang, s'efforcèrent de fuir ou se relevèrent impuissant. Le désir violent d'échapper à la mort en donna la force aux uns. Nombreux furent ceux qui laissèrent leurs cadavres dans les forêts profondes ; les poursuivants en rencontrèrent à profusion tombés le long des chemins. Les Normands, bien que le pays leur fût inconnu, les poursuivirent sans répit, massacrant les fuyards rebelles, mettant la dernière main à la victoire. Au milieu des morts, le sabot des chevaux écrasa ceux qui gisaient sur leur parcours.




Cependant, l'espoir revint aux fuyards qui avaient pu trouver l'occasion de recommencer la lutte à la faveur d'un profond retranchement et de nombreux fossés. Car cette nation, qui descend des anciens Saxons, les plus féroces des hommes, fut toujours prompte à croiser le fer. Ils n'eussent pas reculé sans la pression d'une force invincible. Ils venaient de vaincre sans peine le roi de Norvège que soutenait une armée nombreuse et aguerrie. A la tête des étendards vainqueurs, [le duc], apercevant des troupes subitement rassemblées - tout en croyant qu'il s'agissait de l'arrivée d'un renfort [ennemi] - ne se détourna point de son chemin ni ne s'arrêta ; plus redoutable, armé seulement d'un tronçon de sa lance, que ceux qui brandissent de longs javelots, de sa voix mâle, il retint dans sa fuite le comte Eustache, qui avait tourné bride avec cinquante chevaliers et s'apprêtait à sonner la retraite. Mais celui-ci glissa familièrement à l'oreille du duc le conseil de s'en retourner, lui prédisant, s'il poursuivait, une mort prochaine. Tandis qu'il prononçait ces paroles, Eustache fut frappé entre les épaules d'un coup dont le retentissement et la violence se manifestèrent aussitôt par un flux de sang par le nez et la bouche : à demi mort, il n'échappa qu'avec l'aide de ses compagnons. Quant au duc, méprisant la peur et l'insuccès, il attaqua ses adversaires et les terrassa. Dans ce combat tombèrent quelques-uns des plus fameux guerriers normands auxquels l'âpreté du lieu ne permit pas de donner la mesure de leur vaillance.



... Hic Harold rex in terf[ec]tus [est] ; Tapisserie de Bayeux, XIe siècle



Ayant ainsi parachevé sa victoire, le duc retourna sur le champ de bataille et se rendit compte du carnage ; il ne put le considérer sans être saisi de pitié, bien que les victimes fussent des impies et qu'il soit méritoire, glorieux et digne de louange d'occire un tyran. Sur une vaste étendue, le sol était recouvert de [cadavres] souillés de sang, la fleur de la noblesse et de la jeunesse anglaise. A côté du roi, on retrouva deux de ses frères. Lui-même, dépourvu de toute marque de sa dignité, fut reconnu, non à son visage, mais à quelques signes [distinctifs] ; on le porta au camp du duc ; celui-ci confia à Guillaume, surnommé Malet, le soin de l'ensevelir, mais refusa de livrer son corps à sa mère, laquelle en offrait un égal poids d'or. Il n'ignorait pas, en effet, qu'il eût été malséant d'accepter de l'or en échange. [Et] il estimait qu'il eût été indigne de laisser ensevelir, selon le désir de sa mère, l'homme qui, par excès de cupidité, était responsable d'une multitude [de morts] à jamais privés de sépulture. On dit alors, par manière de raillerie, qu'il convenait de l'établir gardien du rivage et de la mer qu'il avait, dans sa fureur, occupés auparavant.
Quant à nous, nous ne t'insultons point, Harold ; mais, avec ton pieux vainqueur qui pleura sur ta ruine, nous te plaignons et te pleurons. Tu as remporté un succès digne de toi et, selon ton mérite, tu es tombé baigné dans ton sang ; tu gis dans ta tombe, sur le rivage, et tu seras en exécration aux générations à venir, anglaises aussi bien que normandes. Ainsi s'écroulent ceux qui font du pouvoir suprême en ce monde le souverain bien et qui, dans le désir d'accroître leur bonheur, usurpent ce pouvoir et s'efforcent de le conserver par la violence et les armes. Au reste, tu t'es souillé du sang de ton frère, de crainte que sa grandeur ne porte ombrage à ta puissance. Puis, te précipitant furieux dans une autre bataille, tu as sacrifié ta patrie pour tenter de garder la dignité royale. C'est donc l'ouragan par toi déchaîné qui t'a entraîné. La couronne que, par félonie, tu avais usurpée, voici qu'elle ne brille plus sur ta tête ; voici que tu ne sièges plus sur le trône dont tu as gravi les marches par orgueil. Ta fin prouve à quel point tu fus légitimement élevé [au trône] par la donation in extremis d'Édouard ! La comète, terreur des rois, qui brilla peu de temps après ton élévation,
fut le présage de ta ruine.




Mais, délaissant ces récits funèbres, parlons plutôt du succès que pronostiqua le même astre. Agamemnon, roi d'Argos, soutenu par de nombreux chefs et rois, ne parvint qu'à grand'peine et par ruse, au bout de dix années de siège, à détruire l'unique ville de Priam. Ce que fut le génie, ce que fut la valeur de ses guerriers, des poèmes l'attestent. De même Rome, parvenue au faîte de la puissance au point de vouloir dominer le monde, mit plusieurs années à vaincre une à une quelques villes. Tandis que le duc Guillaume soumit toutes les villes des Anglais en un seul jour, entre la troisième heure et le soir, avec les troupes normandes et l'aide de rares contingents du dehors. Si elles eussent été défendues par les remparts de Troie, il n'eût pas fallu longtemps au bras et à la sagesse d'un tel homme pour en emporter la citadelle.
Le vainqueur aurait pu sans retard accéder au trône royal, placer sur sa tête le diadème, distribuer en butin à ses chevaliers les richesses du royaume, massacrer quelques puissants personnages, envoyer les autres en exil. Il lui plut de progresser avec modération et d'imposer sa domination par la clémence. Car, dans sa jeunesse, il avait pris l'habitude de se modérer dans ses succès. Il eût été juste que les Anglais qui, dans une cause si mauvaise, se précipitèrent à la mort donnassent leur chair en pâture aux vautours et aux loups, et que les champs fussent ensevelis sous leurs ossements privés de sépulture. Mais un tel châtiment lui parut cruel. Il permit à ceux qui voulurent recueillir [leurs restes] pour les inhumer, de le faire librement.

Guillaume de Poitiers ; Histoire de Guillaume le Conquérant, vers 1070 ...



Casque viking, Xe siècle



Quand tout renaît à l'espérance,
Et que l'hiver fuit loin de nous,
Sous le beau ciel de notre France,
Quand le soleil revient plus doux,
Quand la nature est reverdie,
Quand l'hirondelle est de retour,
J'aime à revoir ma Normandie !
C'est le pays qui m'a donné le jour.

J'ai vu les champs de l'Helvétie,
Et ses chalets et ses glaciers ;
J'ai vu le ciel de l'Italie,
Et Venise et ses gondoliers.
En saluant chaque patrie,
Je me disais : aucun séjour
N'est plus beau que ma Normandie !
C'est le pays qui m'a donné le jour.

Il est un âge dans la vie,
Où chaque rêve doit finir,
Un âge où l'âme recueillie
A besoin de se souvenir.
Lorsque ma muse refroidie
Aura fini ses chants d'amour,
J'irai revoir ma Normandie !
C'est le pays qui m'a donné le jour.

Paroles et musique : Frédéric Bérat (Rouen 1801- Paris 1855) ; 1836