dimanche 7 décembre 2008

Poil de Lou ...


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Gustav Klimt (1862-1918) ; Nu de jeune fille, couché sur le côté gauche, 1914-1915


Peu avant de s'engager dans l'Armée française en décembre 1914, Guillaume Apollinaire (1880-1918) tombe amoureux de Louise de Coligny-Châtillon, rencontrée à Nice en septembre de la même année, et qu'il surnomme Lou. Elle est divorcée et mène une vie très libre. Il s'éprend d'elle et lui fait la cour ; passion autant brûlante qu’éphémère (ils ne passèrent qu'une semaine ensemble, à Nîmes...), elle finira par accepter ses avances mais ne lui dissimule pas son attachement pour un homme qu'elle surnomme toutou. Rapidement, Guillaume dût partir au front. Une correspondance, d'une poésie remarquable, est née de leur relation. Mais la jeune femme ne l'aimera jamais, ou du moins, pas comme il l'aurait voulu ; ils rompent en mars 1915 en se promettant de rester amis ...



Gustav Klimt (1862-1918) ; femme à demi nue assise, vue de droite ;
étude pour L'Épousée, 1917-1918


Mon Lou je veux te reparler maintenant de l'Amour
Il monte dans mon cœur comme le soleil sur le jour
Et soleil il agite ses rayons comme des fouets
Pour activer nos âmes et les lier
Mon amour c'est seulement ton bonheur
Et ton bonheur c'est seulement ma volonté
Ton amour doit être passionné de douleur
Ma volonté se confond avec ton désir et ta beauté
Ah! Ah! te revoilà devant moi toute nue
Captive adorée toi la dernière venue
Tes seins ont le goût pâle des kakis et des figues de
Barbarie
Hanches fruits confits je les aime ma chérie
L'écume de la mer dont naquit la déesse
Évoque celle-là qui nait de ma caresse
Si tu marches Splendeur tes yeux ont le luisant
D'un sabre au doux regard prêt à se teindre de sang
Si tu te couches Douceur tu deviens mon orgie
Et le mets savoureux de notre liturgie
Si tu te courbes Ardeur comme une flamme au vent
Des atteintes du feu jamais rien n'est décevant
Je flambe dans ta flamme et suis de ton amour
Le phénix qui se meurt et renaît chaque jour
Chaque jour
Mon amour
Va vers toi ma chérie
Comme un tramway
Il grince et crie
Sur les rails où je vais
La nuit m'envoie ses violettes
Reçois-les car je te les jette
Le soleil est mort doucement
Comme est mort l'ancien roman
De nos fausses amours passées
Les violettes sont tressées
Si d'or te couronnait le jour
La nuit t'enguirlande à son tour

Gustav Klimt (1862-1918) ; Amants couchés vus du côté droit, 1914-1916


Parce que tu m'as parlé de vice...

Tu m'as parlé de vice en ta lettre d'hier
Le vice n'entre pas dans les amours sublimes
Il n'est pas plus qu'un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l'imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu'à l'exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l'un à l'autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu'on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu'ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu'importe qu'essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s'aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu'il fut

Ennoblissons mon cœur l'imagination
La pauvre humanité bien souvent n'en a guère
Le vice en tout cela n'est qu'une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires

3 fév. 1915

Gustav Klimt (1862-1918) ; Nu, les jambes écartées ; étude pour l'Épousée, 1917-1918


Mon très cher petit Lou je t'aime
Ma chère petite étoile palpitante je t'aime
Corps délicieusement élastique je t'aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t'aime
Sein gauche si rose et si insolent je t'aime
Sein droit si tendrement rosé je t'aime
Mamelon droit couleur de champagne non champagnisé je t'aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d'un petit veau qui vient de naître je t'aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents je vous aime
Fesses exquisement agiles qui se rejettent bien en arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je t'aime
Toison claire comme une forêt en hiver je l'aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous aime
Chute des épaules adorablement pure je t'aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu'une colonne de temple antique je t'aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t'aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n'a jamais connu le corset taille souple je t'aime
Dos merveilleusement fait et qui s'est courbé pour moi je t'aime
Bouche ô mes délices ô mon nectar je t'aime
Regard unique regard-étoile je t'aime
Mains dont j'adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t'aime
Démarche onduleuse et dansante je t'aime
O petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime

Gustav Klimt (1862-1918) ; femme assise, les jambes écartées, 1916-1917

Scène nocturne du 22 avril 1915

Mon ptit Lou adoré Je voudrais mourir un jour que tu m'aimes
Je voudrais être beau pour que tu m'aimes
Je voudrais être fort pour que tu m'aimes
Je voudrais être jeune pour que tu m'aimes
Je voudrais que la guerre recommençât pour que tu m'aimes
Je voudrais te prendre pour que tu m'aimes
Je voudrais te fesser pour que tu m'aimes
Je voudrais te faire mal pour que tu m'aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans une chambre d'hôtel à Grasse pour que tu m'aimes
Je voudrais que nous soyons seuls dans mon petit bureau près de la terrasse couchés sur le lit de fumerie pour que tu m'aimes
Je voudrais que tu sois ma sœur pour t'aimer incestueusement
Je voudrais que tu eusses été ma cousine pour qu'on se soit aimés très jeunes
Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps longtemps
Je voudrais que tu sois mon cœur pour te sentir toujours en moi
Je voudrais que tu sois le paradis ou l'enfer selon le lieu où j'aille
Je voudrais que tu sois un petit garçon pour être ton précepteur
Je voudrais que tu sois la nuit pour nous aimer dans les ténèbres
Je voudrais que tu sois ma vie pour être par toi seule
Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d'un soudain amour

Gustav Klimt (1862-1918) ; femme à demi nue recroquevillée ; étude pour L'Épousée, 1917-1918


Lou ma rose

Lou tu es ma rose
Ton derrière merveilleux n'est-ce pas la plus belle rose
Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous
Que l'on fouette comme la brise
Fustige les fesses des roses dans le jardin
Abandonné
Lou ma rose ou plutôt mes roses
Tu m'as envoyé des feuilles de rose
O petite déesse
Tu crées les roses
Et tu fais les feuilles de roses
Roses
Petites femmes à poil qui se baladent
Gentiment
Elles se balancent en robe de satin
Sur des escarpolettes
Elles chantent le plus beau parfum le plus fort le plus doux
Lou ma rose ô ma perfection je t'aime
Et c'est avec joie que je risque de me piquer
En faveur de ta beauté
Je t'aime je t'adore je mordille tes feuilles de rose
Rose reine des fleurs Lou reine des femmes
Je te porte au bout des doigts ô Lou ô rose
Au bout des doigts en te faisant menotte
Jusqu'à ce que tu t'évanouisses
Comme s'évanouit le parfum
Des roses
Je t'embrasse ô Lou et je t'adore

Gustav Klimt (1862-1918) ; Amants couchés vus du côté droit, 1914-1915


A la partie la plus gracieuse
Toi qui regardes sans sourire
Et de face en tournant le dos
Tu me sembles un beau navire
Voiles dehors et quels dodos
Promet cet édredon de neige
Neige rose de Mézidon
Mars et Vénus le reverrai-je
Cet édredon de Cupidon
O gracieuse et callipyge
Tous les culs sont de la Saint-Jean
Le tien leur fait vraiment la pige
Déesse aux collines d'argent
D'argent qui serait de la crème
Et des feuilles de rose aussi
Aussi belle croupe je t'aime
Et ta grâce est mon seul souci



Guillaume Apollinaire (1880-1918) ; Extraits des Poèmes à Lou (rédigés en 1914-1915, parus en 1955)


Gustav Klimt (1862-1918) ; femme à demi nue repliée sur elle-même, vue du côté gauche ;
étude pour "Léda", 1913-1914



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5 commentaires:

elbereth a dit…

C'est à la fois bô et terriblement vulgaire ! Il est fort ce Guillaume... Mais surtout inconditionnellement éprit... Si l'on considère l'Amour et le sexe comme une seule et unique chose...

Monseigneur, cela fait trop longtemps que je ne vous ai pas présenté mes hommages, ni même offert un petit pot de confiture. Je vous les envoies, par la pensée la plus sincèrement affective.

M. Ogre a dit…

... Ma bien Noble Fée, considerez donc que je publie des choses somme toute communes puisqu'elles sont vulgaires ... Et croyez bien que c'est là un réel plaisir ...

Veuillez ma Très Chère Fée, recevoir ici mes plus affectueuxxx hommages ...

elbereth a dit…

Ca je m'en doute... que plus c'est vulgaire, plus c'est intéressant !
Notez que ce n'était pas une plainte... héhé

Oh ! Sinan, j'y pense, j'attend toujours la suite des péripéties de ce petit homme entrant dans une demeure dirigée d'une main de fer par trois donzelles à tendance cannibale... Vous vous en souvenez ?

M. Ogre a dit…

... Ma foi ... oui ... et z'avez de la chance d'être une Fée ... Mais il faut tout de même savoir que la suite de ce conte dure quelques 50 nuits et que certaines d'entre elles pour n'être pas totalement soporifiques, n'en sont pas moins ... comment dirais-je ... nettement moins suggestives ... Je verrais donc, une nouvelle fois, ce qu'il est possible de faire en la matière ... Mais il m'est, hélas, impossible de promettre à une Fée ... J'aurais bien trop peur ...
Bien à vous ma Très Noble Fée.

elbereth (encore !) a dit…

Dans ce cas, je vous laisse le bon soin de selectionner les bienfaits !...
Mais encore une fois, vous êtes le Maître, et je comprends très bien que vous ne vouliez vous lancer dans cette laborieuse entreprise.
Cela n'enlèvera rien au respect que je vous voue, et au bonheur de m'entretenir avec votre noble personne.