mercredi 17 septembre 2008

Mes Frères de la côte ...


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Alexandre-Olivier Exquemelin, parfois orthographié « Oexmelin » ou « Exmelin », (Harfleur, vers 1645, - vers 1707) était un pirate français. Chirurgien démuni, il s'embarque pour les Antilles et l'aventure en juillet 1666. Mécontent de sa condition d'engagé, il erre d'île en île pour aboutir à la Tortue. Pendant huit ans, il suit des groupes de flibustiers, revient en Europe puis repart aux Antilles où il assiste au siège de Carthagène.

Anonyme ; dessin de l'île de la Tortue à l'époque des "Frères de la côte", XVIIe siècle.


Combien voit-on de personnes, capables des plus hautes entreprises, languir dans l'oisiveté faute d'avoir les choses nécessaires pour les exécuter ! Il n'en est pas de même des flibustiers ; leur génie supplée au défaut de leurs facultés, il ne manquent jamais d'inventions pour trouver des munitions de guerre et de bouche.
Voici comment ils s'y prennent pour avoir des bâtiments.
Ils s'associent quinze ou vingt ensemble, tous bien armés d'un fusil de quatre pieds de canon, tirant une balle de seize à la livre, et ordinairement d'un pistolet ou deux à la ceinture, tirant une balle de vingt à vingt-quatre à la livre ; avec cela ils ont un bon sabre ou coutelas. La société étant formée, ils choisissent un d'entre eux pour chef, et s'embarquent sur un canot, qui est une petite nacelle d'une seule pièce, faite du tronc d'un arbre, qu'ils achètent ensemble, à moins que celui qui est le chef ne l'achète lui seul, à condition que le premier bâtiment qu'ils prendront sera en lui propre. Ils amassent quelques vivres, pour subsister depuis l'endroit d'où ils partent jusqu'au lieu où ils savent qu'ils en trouveront, et ne portent pour toutes hardes qu'une chemise ou deux et un caleçon. Dans cet équipage ils vont se présenter devant quelque rivière ou port espagnol, d'où ils prévoient qu'il doit sortir des barques, et dès qu'ils en découvrent quelques-unes, ils sautent à bord et s'en rendent maîtres. Ils n'en prennent point sans y trouver des vivres et des marchandises que les Espagnols négocient entre eux, et moyennant cela ils s'accommodent, et trouvent de quoi se vêtir.



Si la barque n'est pas en bon état, ils vont la caréner dans quelque petite île, qu'ils nomment caye, et ils se servent des Espagnols qu'ils y trouvent pour faire cet ouvrage ; car ils ne travaillent que le moins qu'ils peuvent. Pendant que les Espagnols raccommodent la barque, les flibustiers se réjouissent avec ce qu'ils ont trouvés, et en partagent les marchandises également. Lorsqu'elle est en état, ils laissent aller leurs prisonniers, et retiennent les esclaves s'il y en a. S'il n'y en a point, ils gardent un Espagnol pour faire la cuisine ; après quoi ils assemblent leurs camarades, afin de fournir leur équipage et d'aller en course. Quand ils se trouvent trente ou quarante, selon le nombre qu'ils ont concerté et la grandeur de leur barque, ils pensent à l'avitailler, et ils le font sans débourser d'argent. Pour cela ils vont en certains lieux épier les Espagnols, qui ont des « coraux » ou parcs pleins de porcs ; ils forcent ceux qu'ils peuvent surprendre, à leur apporter deux ou trois cents porcs gras, plus ou moins, selon qu'ils en ont besoin, et sur leur refus, ils les pendent, après leur avoir fait souffrir mille cruautés.
Pendant que les uns salent ces porcs, les autres amassent du bois et de l'eau pour le voyage, et tous étant convenus d'une commune voix du port où ils seront, ils font un accord ou compromis, qu'ils nomment entre eux « chasse-partie » pour régler ce qui doit revenir au capitaine, au chirurgien et aux estropiés, chacun selon la grandeur de son mal. L'équipage choisit cinq ou six des principaux avec le chef ou capitaine pour faire cet accord, qui contient les articles suivants :



1. En cas que le bâtiment soit commun à tout l'équipage, on stipule qu'ils donneront au capitaine le premier bâtiment qui sera pris, et son lot comme aux autres ; mais si le bâtiment appartient au capitaine, on spécifie qu'il aura le premier qui sera pris, avec deux lots, et qu'il sera obligé de brûler le plus méchant des deux, ou celui qu'il monte, ou celui qu'on aura pris ; et en cas que le bâtiment qui appartient à leur chef soit perdu, l'équipage sera obligé de demeurer avec lui aussi longtemps qu'il faudra pour en avoir un autre.

2. Le chirurgien a 200 écus pour son coffre de médicaments, soit qu'on fasse quelque prise ou non, et outre cela si on en fait une, il a un lot comme les autres.
Si on ne le satisfait pas en argent, on lui donne deux esclaves.

3. Les autres officiers sont tous également partagés, à moins que quelqu'un se soit signalé : en ce cas on lui donne d'un commun consentement une récompense.

4. Celui qui découvre la prise qu'on fait a 100 écus.

5. Pour la perte d'un oeil, 100 écus ou un esclave.

6. Pour la perte des deux, 600 écus ou six esclaves.

7. Pour la perte de la main droite ou du bras droit, 200 écus ou deux esclaves.

8. Pour la perte des deux, 600 écus ou six esclaves.

9. Pour la perte d'un doigt ou d'une oreille, 100 écus ou un esclave.

10. Pour la perte d'un pied ou d'une jambe, 200 écus ou deux esclaves.

11. Pour la perte des deux, 600 écus ou six esclaves.

12. Lorsqu'un flibustier a dans le corps une plaie qui reste ouverte, on lui donne 200 écus ou deux esclaves.

13. Si quelqu'un n'a pas perdu entièrement un membre, et qu'il soit simplement privé de l'action, il ne laisse pas d'être récompensé comme s'il l'avait perdu tout à fait. Ajoutez à cela qu'il est au choix des estropiés de prendre de l'argent ou des esclaves, pourvu qu'il y en ait.



La chasse-partie étant ainsi arrêtée, elle est signée des capitaines et des principaux qui ont été choisis pour la faire ; ensuite tous ceux de l'équipage s'associent deux à deux, afin de se soigner l'un l'autre, en cas qu'ils soient blessés ou qu'ils tombent malades. Pour cet effet ils passent un écrit sous seing privé, en forme de testament, par lequel, s'il arrive que l'un d'eux meure, il laisse à l'autre le pouvoir de s'emparer de tout ce qu'il a.
Quelquefois ces accords durent toujours entre eux, et quelquefois aussi ce n'est que pour le temps du voyage.



Tout étant ainsi disposé, ils partent ; les côtes qu'ils fréquentent ordinairement sont celles de Caracas, de Carthagène, de Nicaragua, etc., lesquelles ont plusieurs ports où il vient souvent des navires espagnols. A Caracao, les port où ils attendent l'occasion sont Comana, Comanagote, Coro et Maracaïbo ; à Carthagène, à Rancheria, Sainte-Marthe et Porto-Bello ; et à la côte le Nicaragua, l'entrée du lagon (ou grand lac) du même nom ; à l'île de Cuba, la ville de Saint-Iago, et celle de Saint-Christophe de la Havana, où il entre fort souvent des bâtiments. Pour ce qui est du Honduras, il n'y a qu'une saison de l'année où l'on puisse attendre la patache ; mais comme ce n'est pas une chose bien sûre, ils n'y vont que rarement. Les plus riches prises qui se fassent en tous ces endroits, sont les bâtiments qui viennent de la Nouvelle-Espagne (Mexique) par Maracaïbo, où l'on trafique le cacao, dont se fait le chocolat. Si on les prend lorsqu'ils y vont, on leur enlève leur argent ; si c'est à leur retour, on profite de tout leur cacao. Pour cela on les épie à la sortie du cap de Saint-Antoine et de celui de Catoche, ou au cap de Corrientes, qu'ils sont toujours obligés de venir reconnaître.

A l'égard des prises qu'on fait à la côte de Caracas, ce sont des bâtiments qui viennent d'Espagne, chargés de toutes sortes de dentelles et d'autres manufactures.
Ceux qu'on prend au sortir de la Havane sont des bâtiments chargés d'argent et de marchandises pour l'Espagne, comme cuirs, bois de campêche, cacao et tabac. Ceux qui partent de Carthagène sont ordinairement des vaisseaux qui vont négocier en plusieurs petites places où ceux de la flotte d'Espagne ne touchent point.
Pendant que les aventuriers sont en mer, ils vivent dans une grande amitié les uns avec les autres, et ils s'appellent tous « Frères de la côte » ; ils nomment leur fusil leur « arme ».

Alexandre-Olivier Exquemelin ;
Histoire des avanturiers flibustiers qui se sont signalez dans les Indes contenant ce qu'ils ont fait de remarquable depuis vingt années avec la vie les mœurs & les coutumes des boucaniers & des habitans de S. Domingue & de la Tortue, éditions (???) 1678, 1686,1699...




Au cours du XVIIIe siècle, les marins anglais composent des « sea shanties », complaintes de travail chantées à bord des navires. Certaines chansons trouvent leur source dans des faits divers : naufrages, meurtres, piraterie, amour malheureux. « La Ballade de Kidd », très populaire à bord des navires baleiniers, évoque la misère des gens de mer et la grande aventure de la piraterie, tentation pour bien des marins.





La ballade du capitaine Kidd


J'avais nom Robert Kidd, du temps que j'naviguais, du temps que j'naviguais,
J'avais nom Robert Kidd, du temps que j'naviguais,
J'avais nom Robert Kidd.
J'enfreignais les lois du seigneur,
Et m'conduisais abominablement, du temps que j'naviguais.

Mes parents m'avaient bien élevé, avant que je navigue, avant que je navigue,
Mes parents m'avaient bien élevé, avant que je navigue,
Mes parents m'avaient bien élevé.
M'apprirent à me garder d'l'enfert,
Mais j'me suis rebellé contre eux, avant de naviguer.




J'avais une bible par-devers moi, avant de naviguer, avant de naviguer,
J'avais une bible par-devers moi, avant de naviguer,
J'avais une bible par-devers moi.
Comme l'exigeait mon père,
Mais j'l'ai enterrée dans une dune, du temps que j'n'aviguais.

J'ai occis William Moore, au temps où j'naviguais, au temps où j'naviguais,
J'ai occis William Moore, au temps où j'naviguais,
J'ai occis William Moore,
Et j'lai laissé les tripes à l'air,
A une poignée de lieues d'la côte, au temps où j'naviguais.




J'ai été malade et même moribond, au temps où j'naviguais, au temps où j'naviguais,
J'ai été malade et même moribond, au temps où j'naviguais,
J'ai été malade et même moribond.
Mille et mille fois j'ai fais l'serment
D'aspirer à plus droit chemin, au temps où j'naviguais.

J'ai bien cru que j'étais perdu, tandis que j'naviguais, tandis que j'naviguais,
J'ai bien cru que j'étais perdu, tandis que j'naviguais,
J'ai bien cru que j'étais perdu.
Et qu'j'avais épuisé mon temps,
Mais la santé m'est revenue, tandis que j'naviguais.



Mon repentir n'a pas duré, comme j'naviguais toujours, comme j'naviguais toujours,
Mon repentir n'a pas duré, comme j'naviguais toujours,
Mon repentir n'a pas duré
J'ai oublié tous mes serments,
La perdition était mon lot, et j'naviguais toujours.

Je guettais les navires de France, du temps que j'naviguais, du temps que j'naviguais,
Je guettais les navires de France, du temps que j'naviguais,
Je guettais les navires de France.
J'les rangeais à l'honneur,
Et les rendais à merci par surprise, du temps que j'naviguais.



Je guettais les vaisseaux d'Espagne, du temps que j'naviguais, du temps que j'naviguais,
Je guettais les vaisseaux d'Espagne,
Je les battais sous mes canons,
Jusqu'à les envoyer par le fond presque tous, du temps que j'naviguais.

J'possédais 90 lingots d'or, quand j'naviguais, quand j'naviguais,
J'possédais 90 lingots d'or, quand j'naviguais,
J'possédais 90 lingots d'or.
Et une grosse bourse pleine de dollars,
Et encore d'autres richesses inouïes, quand j'naviguais.




Mais j'me suis fait doubler au bout du compte, je vais devoir expier, je vais devoir expier,
Mais j'me suis fait doubler au bout du compte, je vais devoir expier,
Mais j'me suis fait doubler au bout du compte,
On m'a mis en prison,
Et la sentence est prononcée, je vais devoir expier.

Adieu, océan démonté, puisque je vais mourir, puisque je vais mourir,
Adieu, océan démonté, puisque je vais mourir,
Adieu, océan démonté,
Qui m'emmène en Turquie, en France et en Espagne,
Jamais je ne te reverrai, puisque je vais mourir.




Au banc des condamné je dois conduire mes pas, je dois conduire mes pas,
Au banc des condamné je dois conduire mes pas,
Au banc des condamné,
Où s'attroup'ront des foules de gens,
Mais il va bien falloir que je l'endure et meure.

Accourez, jeunes et vieux, venez me voir périr, venez me voir périr,
Accourez, jeunes et vieux, venez me voir périr,
Accourez, jeunes et vieux,
Accourez voir mon or,
C'est par lui qu'j'ai perdu mon âme ; et maintenant j'en meurs.




Que ça vous serve de leçon, car je vais en mourir, car je vais en mourir,
Que ça vous serve de leçon, car je vais en mourir,
Que ça vous serve de leçon,
Fuyez les mauvais compagnons,
De crainte de suivre le même chemin, car je vais en mourir.



Sauf mention contraire, les illustrations sont de Howard Pyle (1853-1911), pour son ouvrage Book of pirates. Les pavillons sont représentés d'après des originaux et furent l'étendard de pirates celèbres.




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6 commentaires:

mouetterieuse a dit…

C'est dommage, hein, de ne pas naître au bon endroit, à la bonne époque et (pour ma part) pas avec le bon sexe !
Allez, pour se consoler, on va revoir "Pirate des Caraïbes", la malédiction du Black Pearl, avec le délicieux Johnny Depp, mardi 23 septembre, sur la Une.

M. Ogre a dit…

... Ben vi, hein, y'a pu que ça à faire ... Hélas !!!
Mes côtiers hommages, ô dame sur la dunette ...
Et le premier qui découvre une Terre gagne 100 écus ...

PS. Cest encore loin l'A... ???

elbereth a dit…

Des pirates, des manchettes !!! Pour sûr que vous allez me voir réapparaitre, cher Ogre !!!!

Non, plus sérieusement, je m'en veux de vous avoir fait cogiter de la sorte... Je ne saurais comment me faire pardonner, des peines occasionnées. Sachez, tendre compagnon de route, que Chronos ne saurait me barrer le chemin à nos rencontres plus longtemps.
Vous êtes toujours dans mon coeur, même si mes témoignages se font quelque peu... rares !

A bientôt, je ne peux que vous le promettre...

M. Ogre a dit…

... Noble Fée ... Vous n'imaginez pas le bien que je ressens à lire vos belles lettres ...
Merci à vous, et ... bon vent dans vos voiles, piratesse-tavernière ... !!!

lukaskran a dit…

Ah au fait, il paraît que ça s'orthographie un peu ces temps-ci chez moi... Avis aux Ogres et aux plumes sensibles...

elbereth a dit…

Eh bien voilà, j'ai enfin prit connaissance de ces "aventuriers flibustiers" ! Déjà, super ce nom, ne trouvez-vous pas, Monseigneur ?
Ensuite, le code des pirates, c'est plus un guide voyez-vous... Parce que sinan, ils ne mériteraient pas le titre de pirate sans foi ni loi sans âme et sans coeur... Normalement...
Mais spo grave, ceci reste parfaitement charmant !!!

Vous en avez encore, de ce genre de renseignements méconnus ?