jeudi 26 février 2009

... Les passantes ...






Les passantes

Je veux dédier ce poème
A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets
A celles qu'on connaît à peine
Qu'un destin différent entraîne
Et qu'on ne retrouve jamais

A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui

A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main

A celles qui sont déjà prises
Et qui, vivant des heures grises
Près d'un être trop différent
Vous ont, inutile folie,
Laissé voir la mélancolie
D'un avenir désespérant

Chères images aperçues
Espérances d'un jour déçues
Vous serez dans l'oubli demain
Pour peu que le bonheur survienne
Il est rare qu'on se souvienne
Des épisodes du chemin

Mais si l'on a manqué sa vie
On songe avec un peu d'envie
A tous ces bonheurs entrevus
Aux baisers qu'on n'osa pas prendre
Aux coeurs qui doivent vous attendre
Aux yeux qu'on n'a jamais revus

Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir

Antoine Pol (1888-1971)


Willy Ronis ; pluie place Vendôme ; Paris, 1947

4 commentaires:

Elbereth a dit…

Poème tout a fait charmant...
Quant à Brassens, c'est Brassens ! Ca nous change de nos pseudos-stars du moment qui ne sont rien d'autre qu'une pâle caricature du rebelle, de la grognasse ou d'un vrai chanteur à voix. Vlà ce que j'en dis.

Anonyme a dit…

... Merci à vous ma Noble Fée pour cette pertinente analyse ...

Anonyme a dit…

Moquez-vous...
Vous savez en votre fort intérieur que j'ai raison !
Et puis, ce n'est pas parce que je me laisse emporter par la violence du sujet que j'en perds ma verve latine qu'il faut me condamner ! Non mais...

Anonyme a dit…

... Moi ... Vous condamner ... ???
Je crois faire un sombre rêve ... Et puis à quoi ??? À un jeu ... ???
Et jamais ma Très Aimée Fée, je n'oserai vous moquer ... Je le jure sur ma foi d'Ogre ...

... Et puis cela me sied tellement que vous vous déclariez Latine ... que je me permet, ici, un baiser ...