lundi 14 juillet 2008

... Fête de la Révolution ...


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Le génie de la Liberté au sommet de la colonne de juillet
(en commémoration de la Révolution de 1830 ...) ; Paris


La prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, aurait pu être seulement un événement d'une année fertile en événements. Ce n'est qu'un siècle plus tard que cette date fut choisie pour célébrer notre fête nationale. Pourquoi le 14 juillet pour célébrer la République, alors qu'en ce jour de 1789 nul ne pensait à la République ? Pourquoi pas le 21 septembre ou le 25 février ou le 4 septembre, anniversaires de la naissance des trois républiques françaises qui s'étaient succédées de 1792 à 1870 ?



Éventail sur la prise de la Bastille



La Bastille était une prison d'État où étaient enfermés, par lettres de cachet, des "victimes de l'arbitraire". Tout au long du XVIIIe siècle, de nombreux écrits avaient stigmatisés les lettres de cachet, les prisons d'État, surtout la Bastille ; le dernier en date était celui de Mirabeau : Des lettres de cachet et des prisons d'État (1780). Les lettres de cachet furent abolies cinq ans après, mais cette mesure n'arrêta pas la campagne qui faisait des emprisonnés un objet de commisération, de ceux qui tentaient de s'évader, tel Latude, des héros. La Bastille était aussi une forteresse défiant Paris et surveillant le populeux et remuant faubourg Saint-Antoine. Comme place-forte, elle n'avait rien d'héroïque : assiégée sept fois au cours de guerres civiles, elle s'était rendue six fois sans résister. Mais elle était malencontreusement placée et il avait été projeté à plusieurs reprises de transférer ses prisonniers à Vincennes qui était bien plus loin pour les parisiens d'alors.



"Prise de la Bastille"



Dès le début de 1789, à la suite de l'agitation qui s'étendait de jour en jour dans le faubourg, on envisagea d'envoyer à Vincennes les sept prisonniers qui restaient à la Bastille (deux fous, quatre faussaires et un jeune noble débauché) ; cela n'était pas fait le 14 juillet. Par contre, des réserves de poudre et de salpêtre avaient été transportées, du Petit-Arsenal tout proche, à la Bastille, les jours précédents. On croyait si peu à une menace contre la forteresse qu'elle n'avait aucune réserve de munitions et de vivres. La garnison était composée de 32 Suisses et de 82 soldats invalides ; ils possédaient des armes individuelles, surtout des fusils de rempart et quelques vieux canons.



"Prise de la Bastille", gouache et trait de plume



Pourquoi les Parisiens attaquèrent-ils la Bastille ? Il est avéré que ce fut tout d'abord pour y trouver des armes pour se défendre contre les troupes appelées par le roi. Les boutiques des armuriers avaient été pillés, on y avait pas trouvé grand-chose ; les magasins des Invalides, par contre, avaient livré 30 000 fusils mais peu de munitions ; au garde-meuble de la place Louis XV avaient été récupérées des vieilles armes historiques, le sabre de Duguesclin, l'épée de François Ier. L'arsenal paraissait être l'endroit idoine : on y apprit le transfert de la poudre à la Bastille et la rumeur s'accrédita que des armes en grand nombre avaient été aussi transportées dans la forteresse voisine ... [...]

On essaya de négocier avec le gouverneur, de Launay. Une série de malentendus, interprétés par la foule comme une trahison, se solda par une fusillade meurtrière pour les assaillants, qui passèrent à l'attaque. Ils furent renforcés par deux détachements de Gardes françaises, commandées par Hulin, avec des canons qui furent mis en batterie devant les portes de la forteresse, intervention décisive, qui força le gouverneur à capituler. Les attaquants avaient perdu une centaine de morts ; ils se livrèrent à de terribles représailles. De Launay, jugé responsable de la fusillade, et le prévot des marchands, Flesselles, accusé de duplicité lors de la recherche des armes, furent massacrés, ainsi que des officiers et des hommes de la garnison. [...]




Tête de supplicié de la Bastille ; dessin attribué à David (1748-1825)


Plaçons-nous maintenant au soir du 14 juillet. Dès cette soirée, puis dans les deux jours suivant, la Bastille est devenue un symbole. D'ailleurs, "on dit" que certains électeurs de Paris réunis à l'Hôtel de Ville ou ailleurs avaient, le 12 ou le 13, envisagé de s'emparer de la forteresse, sans bien savoir comment, pour en faire "une place-forte de la résistance". Dès le 15, en tous cas, la Bastille placée la veille au soir sous le commandement d'un des électeurs, le citoyen Soulès, est vouée à la démolition qui devra commencer sans délais par les soins du citoyen Palloy. La démolition de la Bastille est devenue le symbole de la libération de Paris puis, même, de la destruction de l'Ancien Régime, prenant ainsi une valeur nationale. Car si les députés, à Versailles, avaient auparavant sapé l'absolutisme et entraîné les événements qui, eux-mêmes, avaient déterminés l'assaut du 14 juillet, c'était cet assaut qui avait directement touché les masses. D'ailleurs, dès 1770, Louis Sébastien Mercier, dans son Utopie, L'an 2040, ou rêve s'il en fut jamais, avait en imagination déjà détruit la Bastille et considéré sa destruction comme le symbole de l'écroulement de l'Ancien Régime ; il ne manqua pas de rappeler cette anticipation dans les jours qui suivirent le 14 juillet.
Le « patriote » Palloy n'était pas le premier venu. Comme le brasseur Santerre, comme le patron menuisier Duplay, c'était un homme fortuné qui employait 500 compagnons et qui fréquentait les beaux esprits. Le 18, il invita La Fayette, Mirabeau, Beaumarchais et l'archevêque de Paris à venir donner donner quelques coups de pioche dans les murs de la forteresse. Selon une certaine tradition, Palloy et ses ouvriers avaient non seulement été parmi les « vainqueur de la Bastille » mais, le 14, avaient attaqué les murs avec leurs outils. Sans doute l'entrepreneur comptait retirer quelque profit de l'opération. Il chargea un de ses compagnons nommé Dax d'exécuter des maquettes avec des pierres récupérées. Palloy envoya ces maquettes aux autorités, la première le 23 février 1790 à la municipalité de Paris, une autre à l'Assemblée nationale, puis une à chacun des 83 départements, enfin d'autres à diverses villes. Il fit ainsi confectionner des objets-souvenirs avec des matériaux de la Bastille. Sur le socle-encadrement des maquettes figurait cette légende : « Bastille / Cest sur ces pierres / que les François libres / aiment à aiguiser leur courage / et à jurer de maintenir / la Liberté – l'Égalité – la Loi – la République / Une et indivisible / Fraternité ou la mort » puis « offerte au département de ... [ou] à la commune de ... par Palloy patriote » ; plus bas figuraient ces mots : « Cette pierre vient des cachots de la Bastille ».





"Maillard va chercher les propositions des assiégés", aquatinte de Janinet (1752-1814)


Le 14 juillet 1790, après la cérémonie officielle du champs-de-Mars, une grande fête eut lieu sur l'emplacement de la forteresse détruite et Palloy organisa, le soir, le premier bal du 14 juillet. Plus tard, il décora des monuments, des arcs de triomphe et, le 10 juillet 1791, le char funèbre de Mirabeau qui partit de la place de la Bastille pour gagner le Panthéon. Mais contrairement à une légende répandue dans les milieux contre-révolutionnaires comme chez les partisans les plus avancés de la Révolution, l'entrepreneur n'y gagna finalement pas grand-chose. Il fut d'ailleurs arrêté en l'an II comme "modérantiste" ; libéré après le 9 thermidor, il alla habiter Sceaux où il organisa des fêtes sous le Directoire. Palloy vécut jusque sous Louis-Philippe, à peu près ruiné, ne cessant de réclamer le solde de sa facture qui ne lui avait jamais été réglée. [...]




"Maquette" de la Bastille taillée dans une pierre de la forteresse



Les conséquences de l'intervention populaire étaient considérables. Louis XVI dut s'incliner : le 15 il annonça à l'Assemblée le retrait des troupes, le lendemain il consentit à rappeler Necker. Le 17, en se rendant à Paris, il sanctionnait la victoire de l'insurrection et ses retombées immédiates. Il reçut du nouveau maire Bailly la cocarde tricolore, symbole de l' "alliance auguste et éternelle entre le monarque et le peuple", reconnaissant ainsi la légitimité de la Commune de Paris qui s'était substituée au Comité permanent. Plus encore c'était reconnaître la souveraineté du peuple, dont l'Assemblée était l'organe. C'est bien ainsi que le comprenaient les Princes, qui aussitôt quittèrent la France, comte d'Artois en tête, donnant le branle à l'émigration. En Europe, l'opinion éclairée ne se méprit pas sur l'importance de cet événement. La prise de la Bastille sonnait pour les peuples l'heure de l'espérance ...

D'après les articles « Bastille » de J.-R. Suratteau et R. Monnier in Albert Soboul - Dictionnaire historique de la Révolution française.


Jean-Henry Latude (1725-1805) ; peinture de Vestier (1740-1824)

5 commentaires:

Chryseis a dit…

Sanglante la révolution française, hein !

M. Ogre a dit…

... C'est quand-même le peuple qui en a versé le plus, pardi ... comme toujours !!!
Heureux de vous savoir toujours parmi nous ...

PetitChap a dit…

Ah ben moi, avec mon Histoire très approximative, je vois le 14 juillet comme le jour où on tire un beau feu d'artifice... Et puis il faut reconnaître que la date est plutôt bien choisie : le 14 juillet est aussi synonyme de "bientôt les vacances"... On ne pouvait décemment pas faire tomber cette fête en février ou en septembre...!

(Commentaire de godiche... désolée... j'assume...!)

PetitChap a dit…

...j'oubliais : c'est une sacrée bonne idée ces nouveaux liens... la presse, les catalogues en ligne... M'enfin, il manque quand même un lien vers La dépêche du midi... Ah ben oui, c'est bien connu, tout ce qui est écrit dans la Dépêche est vrai...!

M. Ogre a dit…

... Feu d'artifice, vacances, dépêche du midi ... je sens poindre l'article sur l'origine du pastaga ...
Mes hommages petite princesse en rouge.