mercredi 2 avril 2008

Rien n'est vrai, tout est possible...



L'écrivain et savant persan Ghiyath ed-din Abdoul Fath Omar Ibn Ibrahim al-Khayyām Nishabouri, plus connu sous le nom d'Omar Khayyām serait né le 18 juin 1048 à Nichapur en Perse (actuel Iran) et mort le 4 décembre 1131.


La vie de Khayyam est entourée de mystère, et peu de sources sont disponibles pour nous permettre de la retracer avec précision. Les chercheurs pensent généralement qu'Omar Khayyam est né dans une famille d'artisans de Nichapur (son père était probablement fabriquant de tentes). Il a passé son enfance dans la ville de Balhi, où il étudie sous la direction de Sheik Mohammad Mansuri, un des chercheurs les plus célèbres de son temps. Dans sa jeunesse, Omar Khayyām étudie aussi sous la direction de Imam Mowaffak de Nishapur, considéré comme le meilleur professeur du Khorasan.
La légende dit, qu'Abou-Ali-Hassan (Nizam al-Mulk) et Hassan ibn al-Sabbah étudiaient alors également sous la direction de ce maître ; ce qui allait donner lieu à une sorte de pacte légendaire entre les trois hommes. La croyance populaire voulait que tout jeune homme qui étudiait sous les ordres de cet éminent Imam connaitrait un jour bonheur et honneur. Les trois étudiants, étant devenus amis, auraient alors fait le serment suivant : « Celui d'entre nous qui atteindra la gloire ou la fortune devra partager à égalité avec les deux autres ». Cette alliance légendaire reste toutefois bien improbable lorsqu'on sait que Nizam al-Mulk était de 30 ans l'ainé d'Omar et qu'hassan-ibn-Sabbah devait avoir au moins 10 ans de plus que Khayyam.
Après que Nizam al-Mulk soit devenu grand vizir de Perse, les deux autres vont le voir. Hassan Sabbah, qui est ambitieux, demande une place au gouvernement, qu'il obtient immédiatement et dont il se servit plus tard pour essayer de prendre le pouvoir à la place de son bienfaiteur. Ce n'est qu'après s'être fait éliminer suite à cette tentative qu'il devient le chef des Hashishins (secte Soufi qui donna son nom au mot français assassin et dont son fondateur prit comme devise : "Rien n'est vrai, tout est possible"). Khayyam, qui est moins ambitieux, ne demande pas de poste officiel, mais juste un endroit pour vivre, étudier la science et prier. Il reçoit alors une pension de 1 200 mithkals d'or de la part du trésor royal ; et cette pension lui permet de vivre jusqu'à la fin de sa vie.




1
Un matin, j'entendis venir de notre taverne une voix qui disait :
A moi, joyeux buveurs, jeunes fous ! Levez-vous, et venez remplir
encore une coupe de vin, avant que le destin vienne remplir celle de
notre existence.



7
Lorsque je serai mort, lavez-moi avec le jus de la treille ; au lieu
de prières, chantez sur ma tombe les louanges de la coupe et du vin,
et si vous désirez me retrouver au jour dernier, cherchez-moi sous
la poussière du seuil de la taverne.




20
La distance qui sépare l'incrédulité de la foi n'est que d'un souffle,
celle qui sépare le doute de la certutude n'est également que d'un
souffle ; passons donc gaiement cet espace précieux d'un souffle, car
notre vie aussi n'est séparée de la mort que par l'espace d'un souffle.



25
Ô mon pauvre coeur ! Puisque ton sort est d'être meurtri jusqu'au
sang par le chagrin, puisque la nature veut que tu sois chaque jour
accablé d'un nouveau tourment, alors, ô âme ! Dis-moi ce que tu
es venue faire dans mon corps, dis, puisque tu dois enfin le quitter un jour ?



29
Avant toi et moi, il y a eu bien des crépuscules, bien des
aurores, et ce n'est pas sans raison que le mouvement de rotation a
été imprimé aux cieux. Sois donc attentif quand tu poseras ton pied
sur cette poussière, car elle a été sans doute la prunelle des yeux d'une jeune beauté.



47
Tu as parcouru le monde, eh bien ! Tout ce que tu y as vu n'est
rien ; tout ce que tu y as vu, tout ce que tu y as entendu n'est également rien.
Tu es allé d'un bout de l'univers à l'autre, tout cela n'est rien ;
tu t'es recueilli dans un coin de ta chambre, tout cela n'est encore rien, rien.



123
Oh ! Que de temps où nous ne serons plus et où le monde sera encore !
Il ne restera de nous ni renommée, ni trace. Le monde n'était pas incomplet
avant que nous vinssions ; il n'y sera rien de changé non plus
quand nous en serons partis.



145
Dans les régions de l'âme, il faut marcher avec discernement ;
sur les choses de ce monde il faut être silencieux. Tant que nous
aurons nos yeux, notre langue, nos oreilles, nous devons être
sans yeux, sans langue, sans oreilles.




150
Sur la terre, personne n'a étreint dans ses bras une charmante
aux joues colorées du teint de la rose sans que le temps ne soit
venu d'abord lui planter quelque épine dans le coeur. Vois plutôt
le peigne : il n'a pu parvenir à caresser la chevelure parfumée
de la beauté qu'après avoir été découpé en une foule de dents.



168
On assure qu'il y aura un paradis peuplé de houris, qu'on y trouvera
du vin limpide et du miel. Il nous est donc permis d'aimer le vin
et les femmes ici-bas, car notre fin ne doit-elle pas aboutir
à cela ?



234
Ma bien-aimée (puisse sa vie durer aussi longtemps que mes chagrins !)
a recommencé à être aimable pour moi. Elle a jeté sur mes yeux
un doux et furtif regard et a disparu, en se disant sans doute :
Faisons le bien et jetons-le dans l'eau.




257
Lorsque tu seras en compagnie d'une belle à taille de cyprès, au
teint plus frais que la rose nouvellement cueillie, ne t'éloigne pas
des fleurs de la prairie, ne laisse point échapper la coupe de ta main ;
(fais cela) avant que l'aquilon de la mort, semblable au vent qui disperse
les feuilles de roses, mette en lambeau l'enveloppe de ton être.





Omar Khayyam ; Robaiyat

8 commentaires:

link886 a dit…

Vraiment de très haute qualité ce nouvel appareil très cher Ogre !! ;-)

Mouetterieuse a dit…

Le silence éternel de ces espaces infinis m'effraie.
(Blaise Pascal, Pensées)

M. Ogre a dit…

...Ben moi, il me rassure... Tu imagines une bande d'angelots qui te chanteraient pour l'Eternité le Cantique des Cantiques... (bon, ce pourrait être pire encore, hein, genre le dernier récital de Claude François...), ben même ça, ça me glace... Quelle horreur !!!

"Je demande à la mort la paix, les longs sommeils,
[sans]Le chant des séraphins, [sans]leur parfums, [sans] leurs guirlandes,
[sans] Les angelots de laine en chaudes houppelandes,
Et j’espère des nuits sans lunes ni soleils
Sur d’immobiles landes."

PetitChap a dit…

... l'amour, le vin et la mort ... la vie se résumerait donc à ce programme ?! Mouaih ... pourquoi pas ...

M. Ogre a dit…

... Bien vivre, bien mourir... Cest le b-a-ba de l'hédonisme...

elbereth a dit…

Quel pessimisme dans cette vision de la Mort !
Mais nous ne pouvons être certains que d'une seule chose : que nous ne savons rien. Mais de là à dire que mis à part le vin et les femmes, il n'y a rien... Ca se discute !

En revanche, ça, je peux le dire : "A moi, joyeux buveurs, jeunes fous ! Levez-vous, et venez remplir encore une coupe de vin, avant que le destin vienne remplir celle de notre existence." ! hihi

mouetterieuse a dit…

Ah, je vois que l'Ogre préférerait le paradis musulman, avec houris...

Anonyme a dit…

Ben ça... Ça m'angoisse et me fait peur de savoir qu'on est au cœur d'un truc pareil, en train de dériver dans l'espace et le temps ! Brr !!

LUCAGNOSTIQUE