Mungo Park
(11 septembre 1771-1806) était un explorateur écossais.
Il aurait été le premier occidental à explorer le fleuve Niger.
Mungo Park est né à Fowlshiels dans le
Selkirkshire le 11 septembre 1771. Après avoir fait des
études de médecine, il devient chirurgien. Passionné de voyages il
se porte volontaire pour trouver les sources du Niger, à la Société
Africaine de Londres. À cette époque, comme pour le Nil
en Afrique orientale, la principale énigme géographique de
l'Afrique de l’Ouest est le cours du Niger. Un fleuve qui, en
raison du relief, prend sa source à quelques centaines de kilomètres
de la côte mais fait une boucle de 4 000 km à l'intérieur, avant
de regagner le golfe de Guinée. Les géographes européens ne
connaissent de ce grand fleuve que ce qu'en avait dit Pline qui avait
parlé de Niger, puis Al Idrissi et Léon l'Africain. Or ce dernier
avait embrouillé les choses en prétendant que le Niger coulait vers
l'ouest. Les hypothèses les plus fantaisistes se heurtent.
Mungo Park propose de reprendre les explorations
de Houghton et part le 22 mai 1795 pour la Gambie. Le 21 juin 1795,
il atteint l'embouchure de la Gambie et il remonte le fleuve jusqu'au
comptoir de Pisania. Il apprend le dialecte local grâce au médecin
du comptoir et commence son périple dans les terres en décembre
1795. Il traverse le lit du Sénégal, visite le Moullé, le Bondou,
le Kaarta et est arrêté par les Maures et fait prisonnier pendant
quatre mois par leur chef Ali qui le traite en esclave. Il arrive à
s'échapper dans le désert seul sans presque rien à boire et à
manger. Après trois semaines de souffrances, il atteint la ville de
Ségou, où il peut enfin voir le Niger. Il remonte le fleuve sur 110
km mais, épuisé et malade, décide de rejoindre Ségou. Averti par
des indigènes, il apprend que la ville est tombée aux mains de son
ancien geôlier. Il décide alors de rallier la ville de Kamalia. La
saison des pluies ayant commencé, le voyage est alors encore plus
pénible que dans le désert. Il arrive épuisé à Kamalia et reste
plusieurs jours entre la vie et la mort. Remis sur pied, il décide
de se joindre à une caravane d'esclaves qui rejoint la côte. Six
mois plus tard de retour au Royaume-Uni, il publie le récit de son
voyage.
Itinéraires de Mungo Park ; carte établie par le major James Rennell (1742-1830)
En 1803, à la demande de son gouvernement, il
accepte de mener une nouvelle expédition sur le Niger. Il repart le
30 janvier 1805, à Gorée, puis rallie Bamako. Il construit un
bateau pour descendre le Niger. La maladie et les embuscades des
autochtones déciment l'expédition : il perd 33 de ses
compagnons. Malgré ses difficultés, il descend le Niger sur 1600
km, avant d'être attaqué par les Haoussas. Sur le point d'être
submergé, il se retire vers le fleuve où il se noie avec ses
compagnons restants, à proximité de Boussa. Un guide et un porteur
rescapés ont rapporté sa fin tragique.
Isaaco, et plus tard Lander, récupérèrent
certains des effets de Park, mais son journal ne fut jamais retrouvé.
En 1827, son second fils, Thomas, débarqua sur la Côte de Guinée,
dans l'intention de rallier Boussa, où il pensait que son père
aurait pu être retenu prisonnier ; mais après avoir pénétré
d'une courte distance à l'intérieur des terres, il fut frappé de
fièvres et mourut. La veuve de Park, Allison, mourut en 1840.
D'après M. Wikipedia
Où comment, tandis
qu'il est retenu en quasi esclavage par les Maures, Mungo Park est
malmené par les hommes et les femmes de ce peuple...
Le 20 mars, les
principaux Maures se rassemblèrent dans la tente d'Ali et on tint
conseil sur ce qu'on devait faire de moi. Le résultat ne m'était
pas favorable, mais il me fut rapporté de différentes manières.
Quelques personnes prétendirent qu'on avait résolu de me faire
mourir ; d'autres soutinrent qu'on devait seulement me couper la main
droite. Mais ce qui était plus probable c'est ce que me raconta un
des fils d'Ali. Cet enfant, âgé d'environ neuf ans, vint le soir
dans ma cabane et me dit avec beaucoup d'intérêt « que son oncle
avait conseillé au roi son père de me faire arracher les yeux,
parce qu'ils ressemblaient à ceux d'un chat, et que tous les
buschréens avaient approuvé ce conseil ; mais que son père
ne voulait pas faire exécuter cette sentence jusqu'à ce que j'eusse
paru devant la reine Fatima, qui était en ce moment dans le Nord ».
Impatient de connaître
ma destinée, j'allai le lendemain de grand matin dans la tente du
roi. Il y avait déjà plusieurs buschréens assemblés. Je
crus ce moment favorable pour découvrir leurs intentions. Voici
comment je m'y pris pour cela : je commençai demander à Ali la
permission de retourner à Jarra, ce qu'il me refusa, en disant que
la reine son épouse ne m'avait pas encore vu ; qu'il fallait que je
restasse à Benowm jusqu'à l'arrivée de cette princesse ; qu'après
je serais maître de partir et que mon cheval qui m'avait été pris
le lendemain de mon arrivée dans le camp me serait rendu.
Quoique cette réponse ne
fût pas très satisfaisante, je fus obligé d'en paraître content.
N'ayant aucune espérance de pouvoir m'échapper dans la saison où
nous étions, parce que l'excessive chaleur et le manque d'eau dans
les bois auraient rendu ma fuite trop difficile, je résolus
d'attendre patiemment le commencement des pluies ou quelques
circonstances plus heureuses qui pouvaient se présenter. Mais
l'espoir déçu rend le cœur malade. Ces ennuyeux délais, qui se
renouvelaient chaque jour, et l'idée de voyager dans la Nigritie
pendant la saison des pluies, saison dont nous étions déjà très
près, me rendirent très mélancolique. Je passai une nuit
excessivement inquiète, et le lendemain matin je fus attaqué d'une
fièvre violente. Je m'enveloppai dans mon manteau afin de pouvoir
transpirer, et je m'endormis.
Village sur les bords du fleuve Niger
[…]
Vers ce temps-là, toutes
les femmes du camp teignirent leurs pieds et le bout de leurs doigts
d'une forte couleur de safran. Il me fut impossible de savoir si
c'était pour un motif de religion ou comme un ornement.
L'importunité des dames maures m'avait beaucoup tracassé depuis mon
arrivée à Benowm. Dans la soirée du 25 mars, il en vint une troupe
dans ma cabane. Je ne puis dire si elles cédaient à l'instigation
de quelqu'un, si elles étaient poussées par leur indomptable
curiosité, ou si elles ne voulaient que s'amuser, mais elles me
firent entendre que l'objet de leur visite était de vérifier si la
loi qui ordonne la circoncision était suivie par les nazaréens
comme par les sectateurs de Mahomet. L'on peut aisément juger de ma
surprise en apprenant qu'elles avaient un pareil dessein. Pour me
dérober à l'examen dont j'étais menacé, je pris le parti de
traiter la chose comme une plaisanterie. J'observai à ces dames que
dans ces sortes de cas l'usage de mon pays n'était pas de donner des
démonstrations oculaires devant un aussi grand nombre de jolies
femmes, mais que si elles voulaient se retirer, à l'exception d'une
seule, je satisferais la curiosité de cette belle. En même temps je
désignai la plus jeune et la plus jolie de la troupe.
Ces dames entendirent
fort bien la plaisanterie. Elles s'en allèrent en riant de bon cœur
; et, quoique la jeune dame à laquelle j'avais donné la préférence
ne se souciât pas d'en profiter, elle fut assez contente de cet
hommage, car bientôt après elle m'envoya de la farine et du lait
pour mon souper.
Où comment après
s'être échappé de chez les Maures et après avoir risqué de
mourir dans le Sahara, Mungo Park arrive sur les bords du fleuve
Niger...
Étant partis de ce lieu,
nous trouvâmes plusieurs grands villages où je fus constamment pris
pour un Maure et fournis ample matière aux plaisanteries des
Bambaras. En me voyant conduire devant moi mon cheval, ils
riaient de bon cœur de ma figure. « Il a été à La Mecque, disait
l'un, on le voit bien à ses habits » ; un autre me demandait si mon
cheval était malade ; un troisième feignait de vouloir l'acheter,
etc. Je crois que les esclaves même avaient honte de paraître en ma
compagnie. Un peu avant la fin du jour, nous nous arrêtâmes pour
passer la nuit dans un petit village où je me procurai quelques
aliments pour moi et un peu de grain pour mon cheval, au prix modéré
d'un bouton. On me dit que le lendemain matin je verrais de bonne
heure le Niger (que les Nègres appellent le Joliba ou
la Grande Eau). Les lions sont ici très communs. On ferme les
portes peu après le soleil couché, et personne ne peut plus sortir
de la ville. L'idée de voir le lendemain le Niger, jointe au
bourdonnement importun des moustiques, m'empêchèrent de fermer
l’œil durant la nuit. Avant le jour, j'avais sellé mon cheval et
j'étais prêt à partir ; mais, à cause des bêtes féroces, nous
fûmes obligés d'attendre pour ne pas ouvrir les portes avant que
les habitants fussent éveillés. C'était jour de marché à Sego,
et les chemins étaient partout couverts de gens qui portaient à
vendre divers articles. Nous traversâmes quatre grands villages, et
à huit heures nous vîmes la fumée s'élever au-dessus de Sego
[Ségou, ndle].
Promenade sur le fleuve...
En approchant de la
ville, j'eus le bonheur de rejoindre les Kaartans fugitifs,
dont la complaisance m'avait été si utile depuis que je traversais
le Bambara. Ils convinrent volontiers de me présenter au roi, et
nous marchâmes ensemble par un terrain marécageux, où tandis que
je tâchais de découvrir le fleuve l'un d'eux s'écria : geo
offilli (voyez l'eau). Regardant devant moi, je vis avec un
extrême plaisir le grand objet de ma mission, le majestueux Niger
que je cherchais depuis si longtemps. Large comme la Tamise l'est à
Westminger, il étincelait des feux du soleil et coulait lentement
vers l'orient. Je courus au rivage, et après avoir bu de ses eaux
j'élevai mes mains au ciel, en remerciant avec ferveur l'ordonnateur
de toutes choses de ce qu'il avait couronné mes efforts d'un succès
si complet.
Promenade sur le fleuve...
Cependant, la pente du
Niger vers l'est et les points collatéraux de cette direction ne me
causèrent aucune surprise, car, quoiqu'à mon départ d'Europe
j'eusse de grands doutes à ce sujet, j'avais fait, dans le cours de
mon voyage, tant de questions sur ce fleuve et des Nègres de
diverses nations m'avaient assuré si souvent et si positivement que
son cours principal allait vers le soleil levant, qu'il ne me restait
sur ce point presque plus d'incertitude, d'autant que je savais que
le major Houghton avait recueilli de la même manière des
informations pareilles.
Couchers de soleil sur le fleuve...
Où comment Mungo Park
se voit refuser l'accueil du roi Mansong et doit son salut à la
généreuse hospitalité d'une femme...
En arrivant à ce
passage, nous trouvâmes beaucoup de gens qui attendaient le moment
de passer. Tous me regardaient en silence, et je vis avec inquiétude,
dans le nombre, plusieurs Maures. On s'embarquait en trois endroits
différents, et les passeurs étaient actifs et prompts ; mais la
foule était telle que je ne pus obtenir sur-le-champ mon passage :
je m'assis sur le rivage pour attendre un moment plus favorable.
L'aspect de cette grande ville, ces nombreux canots qui couvraient la
rivière, cette population active, les terres cultivées qui
s'étendaient au loin à l'entour me présentaient un tableau
d'opulence et de civilisation que je ne m'étais pas attendu à
rencontrer dans le centre de l'Afrique.
Ragazza bambara al mercato del lunedì a Segou. - Aquarelle de Barnaba Salvador
J'attendis plus de deux
heures, sans pouvoir trouver le moyen de traverser la rivière.
Pendant ce temps, les personnes qui étaient passées avertirent le
roi Mansong qu'un Blanc attendait au passage et venait pour le voir.
Il m'envoya sur-le-champ un de ses premiers domestiques, qui me dit
que le roi ne pourrait me voir jusqu'à ce qu'il sût ce qui
m'amenait dans le pays. Je ne devais pas, ajouta-t-il, passer la
rivière sans la permission du roi. Il me conseilla donc d'aller
chercher, dans un village éloigné qu'il me montra, un logement pour
la nuit et me dit que le lendemain matin il m'apporterait de
nouvelles instructions sur ce que j'aurais à faire. Ce contretemps
était désagréable mais, n'y voyant point de remède, je partis
pour le village, où à ma grande humiliation personne ne voulut me
recevoir dans sa maison. Chacun me regardait d'un air de crainte et
de surprise, et je fus obligé de rester toute la journée sans
manger, assis sous un arbre. La nuit paraissait devoir être encore
plus fâcheuse, car le vent s'était élevé et tout semblait
annoncer une forte pluie. Les bêtes féroces sont d'ailleurs si
communes dans ce canton que j'aurais été obligé de grimper sur
l'arbre et de dormir sur quelqu'une de ses branches. Cependant, vers
le coucher du soleil, lorsque je me préparais à passer la nuit de
cette manière et que j'avais lâché mon cheval afin qu'il pût
paître en liberté, une femme qui revenait de travailler aux champs
s'arrêta pour me regarder. Remarquant que j'étais abattu et
fatigué, elle s'informa de ma position, que je lui exposai en peu de
mots ; sur quoi, avec un air de grande compassion, elle prit ma selle
et ma bride et me dit de la suivre. M'ayant conduit dans sa hutte,
elle alluma une lampe, étendit une natte sur le sol et me dit que je
pouvais rester là pour la nuit. S'apercevant ensuite que j'avais
faim, elle dit qu'elle allait me procurer quelque chose à manger.
Elle sortit en conséquence, et revint bientôt avec un fort beau
poisson qu'elle fit griller à moitié sur quelques charbons, et me
le donna pour souper. Ayant ainsi rempli les devoirs de l'hospitalité
envers un étranger malheureux, ma digne bienfaitrice me montra ma
natte et me dit que je pouvais m'y reposer sans crainte ; puis elle
dit aux femmes de sa maison, qui pendant tout ce temps n'avaient
cessé de me contempler, qu'elles pouvaient reprendre leur travail,
qui consistait à filer du coton. Elles continuèrent à s'en occuper
pendant une grande partie de la nuit. Pour s'en charmer l'ennui,
elles avaient recours à des chansons, dont une fut improvisée
sur-le-champ, car j'en étais le sujet. Elle était chantée par une
femme seule ; les autres se joignaient à elle par intervalles en
forme de chœur. L'air en était doux et plaintif, et les paroles,
traduites littéralement, répondaient à celles-ci. « Les vents
rugissaient et la pluie tombait. - Le pauvre homme blanc, faible et
fatigué, vint et s'assit sous notre arbre. - Il n'a point de mère
pour lui apporter du lait, point de femme pour moudre son grain. -
Chœur : Ayons
pitié de l'homme blanc. Il n'a point de mère, etc. »
Ces détails peuvent
paraître de peu de conséquence au lecteur, mais dans la position où
je me trouvais j'en fus extrêmement touché. Ému jusqu'aux larmes
d'une bonté si peu espérée, le sommeil fuit de mes yeux. Le matin,
je donnai à ma généreuse hôtesse deux des quatre boutons de
cuivre qui restaient à ma veste. C'était le seul don que j'eusse à
lui offrir en témoignage de ma reconnaissance.
Jeune femme de Ségou
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