samedi 29 décembre 2007
vendredi 28 décembre 2007
...Chantons un peu !!!

"Moi, bon nègre tout noir,

"[...] Sous le joli ciel indien

Georges Villard ; La petite Tonkinoise (1906)
"[...] Ell's ont la peau comm' du cirage

Nota bene : les extraits de textes de chansons sont tirés de l'ouvrage de Claude et Josette Liauzu : Quand on chantait les colonies - Colonisation et culture populaire de 1830 à nos jours ; Éditions Syllepse, 2002.
mercredi 26 décembre 2007
Sans-culotte...
Graffiti de l'église des Pénitents de Martigues représentant une "sans-culotte"Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Olympe de Gouges*, septembre 1791.
A décréter par l'Assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature.
PRÉAMBULE
Les mères, les filles, les soeurs, représentantes de la nation, demandent d'être constituées en Assemblée nationale.
Considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de la femme, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels inaliénables et sacrés de la femme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs, afin que les actes du pouvoir des femmes, et ceux du pouvoir des hommes, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés, afin que les réclamations des citoyennes, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution, des bonnes moeurs, et au bonheur de tous.
En conséquence, le sexe supérieur, en beauté comme en courage, dans les souffrances maternelles, reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Etre suprême, les Droits suivants de la Femme et de la Citoyenne.

POSTAMBULE
Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l'univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la nature n'est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation. L'homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. Dans les siècles de corruption vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes. Votre empire est détruit ; que vous reste t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme. La réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ; qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du Législateur des noces de Cana ? Craignez-vous que nos Législateurs français, correcteurs de cette morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout, auriez-vous à répondre. S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles adorateurs rampants à vos pieds, mais fiers de partager avec vous les trésors de l'Etre Suprême. Quelles que soient les barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous n'avez qu'à le vouloir. Passons maintenant à l'effroyable tableau de ce que vous avez été dans la société ; et puisqu'il est question, en ce moment, d'une éducation nationale, voyons si nos sages Législateurs penseront sainement sur l'éducation des femmes.
Les femmes ont fait plus de mal que de bien. La contrainte et la dissimulation ont été leur partage. Ce que la force leur avait ravi, la ruse leur a rendu ; elles ont eu recours à toutes les ressources de leurs charmes, et le plus irréprochable ne leur résistait pas. Le poison, le fer, tout leur était soumis ; elles commandaient au crime comme à la vertu. Le gouvernement français, surtout, a dépendu, pendant des siècles, de l'administration nocturne des femmes ; le cabinet n'avait point de secret pour leur indiscrétion ; ambassade, commandement, ministère, présidence, pontificat, cardinalat ; enfin tout ce qui caractérise la sottise des hommes, profane et sacré, tout a été soumis à la cupidité et à l'ambition de ce sexe autrefois méprisable et respecté, et depuis la révolution, respectable et méprisé.

* Marie Gouze, dite Marie-Olympe de Gouges, née à Montauban le 7 mai 1748 et morte guillotinée à Paris le 3 novembre 1793, est une femme de lettres française, devenue femme politique et polémiste. Auteure de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l'esclavage des Noirs.
mardi 25 décembre 2007
...Rhhhââââ lovely !!!

Minuit chrétien, c'est l'heure solennelle
Où l'homme Dieu descendit jusqu'à nous,
Pour effacer la tache originelle
Et de son père arrêter le courroux :
Le monde entier tressaille d'espérance
A cette nuit qui lui donne un sauveur
Peuple, à genoux attends ta délivrance,
Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !
Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur !
De notre foi que la lumière ardente
Nous guide tous au berceau de l'enfant
Comme autrefois, une étoile brillante
Y conduisit les chefs de l'Orient
Le Roi des Rois naît dans une humble crèche,
Puissants du jour fiers de votre grandeur,
A votre orgueil c'est de là qu'un Dieu prêche,
Courbez vos fronts devant le Rédempteur !
Courbez vos fronts devant le Rédempteur !
Le Rédempteur a brisé toute entrave,
La terre est libre et le ciel est ouvert
Il voit un frère ou n'était qu'un esclave
L'amour unit ceux qu'enchaînait le fer,
Qui lui dira notre reconnaissance ?
C'est pour nous tous qu'il naît, qu'il souffre et meurt :
Peuple, debout ! chante ta délivrance,
Noël ! Noël ! chantons le Rédempteur !
Noël ! Noël ! chantons le Rédempteur !
Gerhard Riebicke (1935)
dimanche 23 décembre 2007
...Noël au Paradis !!!
Je veux vous relater une mésaventure qui m'arriva dans mes tout débuts de navigation ; je n'avais que quinze ans et je faillis être oublié, seul, dans un autre monde.
Nous sommes en 1935, et depuis plusieurs semaines, nous longeons la côte sauvage du Venezuela et de la Colombie vers le Costa-Rica. Le s/s Cuba vient de couper sur des kilomètres, une portion d'eau douce et limoneuse : l'embouchure de l'Orénoque ! Sur la carte, ce ne sont que des noms exotiques qui font rêver le gamin que je suis : Carthagena, Barranquilla, Macaraïbo, Sierra Nevada, etc.
La côte toute proche est verte, sombre et inquiétante. Beaucoup de gens et d'animaux étranges doivent nous observer au travers de la sylve...
Demain nous aborderons la zone du Canal de Panama (côté Atlantique) ; j'aurais bien aimé franchir les gigantesques écluses qui traversent l'isthme de Panama, mais nous sommes au terme du voyage de quarante-cinq jours qui doit nous ramener vers les Antilles et notre vieille Europe...
Le lendemain, nous jetons l'ancre à Cristobal-Colon, Cristobal étant la vieille ville, et Colon juste le nom de la zone de port franc américain à l'entrée du canal. Le coin où nous sommes est infesté de moustiques énormes et la chaleur humide envahit tout : les vêtements dans les placards sont trempés. Néanmoins, dévoré par la curiosité et n'ayant pas de travail à effectuer ce jour-là, je suis le flot des passagers et membres d'équipage vers la vieille ville de Cristobal... En partant du port américain, une longue digue se dirige vers la côte, longeant le canal chargé de navires de tout poil et de toutes origines en route vers Panama et le Pacifique. Cristobal n'est qu'une ville assez misérable, immédiatement cernée par une jungle épaisse !
Attiré par tout ce qui est sauvage et me prenant pour Tintin, je m'enfonce dans tout ce vert au risque de me perdre... Il fait assez sombre et l'espace sous les arbres est parsemé de somptueux bouquets de plumes vivantes ; les cris stridents des singes me déchirent les oreilles. Je commence à renâcler au bout de cinq cents mètres : le sol est spongieux et mes pauvres chaussures civiles ne sont vraiment pas à la hauteur...
Je tire de ma poche ma petite boussole de scout et je vérifie la direction du retour, lorsque je stoppe net : immobile, le long d'un tronc énorme, une silhouette m'observe... Dans ce demi-jour verdâtre, je ne l'avais pas vue. Un grand gaillard est là, presque entièrement nu, la chevelure comme coupée autour d'un bol ; il porte une ceinture de fibres et une sorte d'étui d'écorce enferme ses "bijoux de famille" Derrière son dos, je vois une longue sarbacane et un faisceau de flèches... A la main, il porte un gros ballot de plumes aux coloris merveilleux. Je me souviens avoir entendu parler de certaines races d'Indiens, à demi-sauvages, commerçant leurs plumes d'oiseaux de Paradis avec les Panaméens du coin et cela me rassure un peu.
Me croyant en plein film d'Hollywood, je lui fais un petit geste de la main et grimace un sourire idiot et tremblotant... Bigre ! Il n'a pas l'air "causant" comme on dit chez nous en Pays de Caux. Son regard est resté fixe et sa bouche cruelle. J'ai l'impression désagréable que ses yeux ne quittent pas mes "beaux" cheveux blond... "petit vélo" se met en route dans mon esprit et je vois déjà ma tête, réduite, accrochée dans sa case... Oh, mama mia, il faut faire quelque chose !
Je fais un signe négligent de la main et prononce l'un des rares mots d'espagnol que je connais : "hasta luego" ; puis je fais demi-tour et lui tourne le dos, la trouille entre les omoplates. N'entendant rien venir au bout de trente mètres environ, je jette un coup d'oeil : rien ! Il ne reste que l'arbre ! Il était vraiment silencieux ce mec !!
Rejetant alors toute pudeur, j'ai piqué un sprint vers la sortie de ce "bois de Boulogne" pas rassurant du tout...
De retour à Cristobal, j'erre un peu dans la ville, l'oeil à l'affût. Un magasin de "curios" retient mes pas : ici, on vend des curiosités, des objets du coin, des antiquités. Le vieux Chinois qui tient la boutique m'invite, par signe, à entrer, puis me propose une tasse de thé. Je décline l'offre, tout en fouinant parmi les pièces présentées... Je découvre soudain avec stupeur qu'on ne vend pas seulement ici des objets, mais aussi des crocodiles empaillés et des... têtes réduites ! Elles sont grosses comme le poing, les cheveux raides, les paupières et les yeux sont cousus et elles sont présentées sur un socle en bois. Je demande le prix. Vingt dollars, me répond le vieux Chinois. Beaucoup trop cher pour ma maigre bourse !
Un peu plus loin en ville, j'achète un petit régime de bananes bien mûres et reprend la longue digue qui mène vers le s/s Cuba, petite silhouette au fond là-bas ; tiens ! C'est bizzarre, il n'y a plus un chat sur cette digue ?! Je suis tout seul... Et un panache au loin sort de la première cheminée, accompagné d'un beuglement caractéristique. Je compte trois coups de sirène. Je regarde ma montre : il est quatre heures et le départ était prévu pour cinq heures...

La vérité me glace soudain le sang : quatre heures, c'était l'heure à laquelle tout le monde doit être à bord ! Je cours comme un "dératé", mon régime de bananes tressautant sur mon épaule. Tous les dix mètres, une banane se détache du trognon : "platch !" ; je suis comme le Petit Poucet... Je cours, je cours, le bateau se rapproche ; je distingue la dernière passerelle entre accrochée, prête à être enlevée par la grue. Deux coups de sirène ; plus qu'une, dans dix minutes, avant l'enlèvement définitif... "platch !" encore une dizaine de bananes par terre ; il n'en reste presque plus. D'un geste furieux, je jette ce qui reste dans le canal et je redouble de vitesse ; ma maigre poitrine laisse échapper un souffle de forge.
Je distingue des tas de têtes le long du bordage : les visages sans aménité des officiers, les visages amusés des passagers. Mon Dieu ! Je me serais bien passé de cette célébrité... Je viens de franchir -ouf !la passerelle, que je regarde s'élever dans les airs, complètement ahuri mais soulagé d'avoir rejoint ma "maison flottante". Merci Jésus, Marie, Joseph ! Si je n'avais pu regagner à temps le bord, dans ce pays complètement étranger, ne sachant parler l'espagnol, partir à la recherche du Consul de France pour me faire rapatrier au Havre... Cela voulait dire "viré" par la Transat, définitivement !
Une grosse main s'appuie son mon épaule :
'ti Georges, le Vieux veut te voir !
... Cela a été ma "fête" bien sûr, à cause de la demi-heure de retard du paquebot, mais le Vieux a été très chic : comme punition, simple privation de sortie aux escales pour le reste du voyage. Tant mieux, j'en avais assez des Indiens !
G. Lebaillif (debout à droite) en tenue de matelot, sur le pont

jeudi 20 décembre 2007
...Un sacré petit diable...
Danse de sorcières et de diables, au sommet du Brocken (un massif du Harz), en Allemagne, pendant la nuit de Walpurgis, du 30 avril au 1er mai de chaque année. 

L'apparition du diable. Naples, XVIIIe siècle. Musée de Cluny.
dimanche 16 décembre 2007
jeudi 13 décembre 2007
Deo gratias !!!


Le Bernin (1598-1680) ; La Bienheureuse Ludovica Albertoni. San Francesco a ripa, chapelle Altieri, Rome.
mercredi 12 décembre 2007
Conte japonais...
Anonyme ; Japon ; VIIIe siècle.
dimanche 9 décembre 2007
Délices de Capoue...
Qu’il me baise des baisers de sa bouche ! Car ton amour vaut mieux que le vin,
tes parfums ont une odeur suave ; ton nom est un parfum qui se répand ; c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.
Entraîne-moi après toi ! Nous courrons ! Le roi m’introduit dans ses appartements... Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi ; nous célébrerons ton amour plus que le vin. C’est avec raison que l’on t’aime.
Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem, comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.
Ne prenez pas garde à mon teint noir : C’est le soleil qui m’a brûlée. Les fils de ma mère se sont irrités contre moi, ils m’ont faite gardienne des vignes. Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée.
Dis-moi, ô toi que mon cœur aime, où tu fais paître tes brebis, où tu les fais reposer à midi ; car pourquoi serais-je comme une égarée près des troupeaux de tes compagnons ?
Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes, sors sur les traces des brebis, et fais paître tes chevreaux près des demeures des bergers.
À ma jument qu’on attelle aux chars de Pharaon je te compare, ô mon amie.
Tes joues sont belles au milieu des colliers, ton cou est beau au milieu des rangées de perles.
Nous te ferons des colliers d’or, avec des points d’argent.
-Tandis que le roi est dans son entourage, mon nard exhale son parfum.
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe, qui repose entre mes seins.
Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troëne des vignes d’En-Guédi.
-Que tu es belle, mon amie, que tu es belle ! Tes yeux sont des colombes.
-Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable ! Notre lit, c’est la verdure.
-Les solives de nos maisons sont des cèdres, nos lambris sont des cyprès.

Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues, qui remontent de l’abreuvoir ;
Tes lèvres sont comme un fil cramoisi, et ta bouche est charmante ;
Ton cou est comme la tour de David, bâtie pour être un arsenal ;
Tes deux seins sont comme deux faons, comme les jumeaux d’une gazelle, qui paissent au milieu des lis.
Avant que le jour se rafraîchisse, et que les ombres fuient, j’irai à la montagne de la myrrhe et à la colline de l’encens.
Tu es toute belle, mon amie, et il n’y a point en toi de défaut.
Viens avec moi du Liban, ma fiancée, viens avec moi du Liban ! Regarde du sommet de l’Amana, du sommet du Senir et de l’Hermon, des tanières des lions, des montagnes des léopards.
Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée, tu me ravis le cœur par l’un de tes regards, par l’un des colliers de ton cou.
Que de charmes dans ton amour, ma sœur, ma fiancée !
Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ; il y a sous ta langue du miel et du lait, et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban.
Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée, une source fermée, une fontaine scellée.
Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers, avec les fruits les plus excellents, les troënes avec le nard ;
Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome, avec tous les arbres qui donnent l’encens ;
Une fontaine des jardins, une source d’eaux vives, des ruisseaux du Liban.
Lève-toi, aquilon ! viens, autan ! Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s’en exhalent !

J’étais endormie, mais mon cœur veillait... C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe :
-J’ai ôté ma tunique ; comment la remettrais-je ?J’ai lavé mes pieds ; comment les salirais-je ?
Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre, et mes entrailles se sont émues pour lui.
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé ; et de mes mains a dégoutté la myrrhe, de mes doigts, la myrrhe répandue sur la poignée du verrou.
J’ai ouvert à mon bien-aimé ; mais mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu. J’étais hors de moi, quand il me parlait. Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ; je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu.
Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée ; ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ;
Je vous en conjure, filles de Jérusalem, si vous trouvez mon bien-aimé, que lui direz-vous ?...
-Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre, ô la plus belle des femmes ?
-Mon bien-aimé est blanc et vermeil ; il se distingue entre dix mille.
Sa tête est de l’or pur ; ses boucles sont flottantes, noires comme le corbeau.
Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux, se baignant dans le lait, reposant au sein de l’abondance.
Ses joues sont comme un parterre d’aromates, une couche de plantes odorantes ;
Ses mains sont des anneaux d’or, garnis de chrysolithes ; son corps est de l’ivoire poli, couvert de saphirs ;
Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc, posées sur des bases d’or pur.
Son palais n’est que douceur, et toute sa personne est pleine de charme. Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami, filles de Jérusalem !

Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince !
Ton sein est une coupe arrondie, Où le vin parfumé ne manque pas ;
Tes deux seins sont comme deux faons, comme les jumeaux d’une gazelle.
Ton cou est comme une tour d’ivoire ; tes yeux sont comme les étangs de Hesbon, près de la porte de Bath-Rabbim ; ton nez est comme la tour du Liban, qui regarde du côté de Damas.
Ta tête est élevée comme le Carmel, et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre ;
Que tu es belle, que tu es agréable, ô mon amour, au milieu des délices !
Ta taille ressemble au palmier, et tes seins à des grappes.
Je me dis : Je monterai sur le palmier, j’en saisirai les rameaux ! Que tes seins soient comme les grappes de la vigne, le parfum de ton souffle comme celui des pommes, et ta bouche comme un vin excellent,... Qui coule aisément pour mon bien-aimé, et glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment !
Je suis à mon bien-aimé,et ses désirs se portent vers moi.
Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs, demeurons dans les villages !
Dès le matin nous irons aux vignes, nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s’ouvre, si les grenadiers fleurissent.
Les mandragores répandent leur parfum, et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits, nouveaux et anciens :
Torii Kiyonaga ; Rouleau sous la manche élégante (v. 1785)
samedi 8 décembre 2007
vendredi 7 décembre 2007
...De la fraternité universelle (préambule)

Article 16.– Défendons […] aux esclaves appartenant à différents maîtres de s’attrouper le jour ou la nuit, sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l’un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis* ; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l’arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu’ils ne soient officiers et qu’il n’y ait contre eux aucun décret.
*C’est –à-dire le marquage au fer rouge d’une fleur de lys sur l’épaule ou parfois sur le visage…
Article 28.- Déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leur maître ; et tout ce qui leur vient par industrie ou par la libéralité d’autres personnes ou autrement à quelque titre que ce soit, être acquis en pleine propriété à leur maître, sans que les enfants des esclaves, leur père et mère, leurs parents et tous autres libres ou esclaves puissent rien prétendre par succession, disposition entre vifs ou à cause de mort. Lesquelles disposition nous déclarons nulles, ensemble toutes les promesses et obligations qu’ils auraient faites, comme étant faites par gens incapables de disposer et contracter de leur chef.
Article 33.- L’esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.
Article 35.- Les vols qualifiés, même ceux des chevaux, cavales, mulets, bœufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort si le cas le requiert.
Article 36.- Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, canne de sucre, pois, mil, manioc ou autre légumes faits par les esclaves, seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s’il y échet les condamner à être battus de verges par l’exécuteur de la haute justice, et marqués d’une fleur de lis.
Article 38.- L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis sur une épaule ; et s’il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d’une fleur de lis sur l’autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort.
Article 42.- Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ; leur défendons de leur donner la torture, ni de leur faire aucune mutilation de membre, à peine de confiscation des esclaves et d’être procédé contre les maîtres extraordinairement.
Article 44.- Déclarons les esclaves être meubles, et comme tels entrer en la communauté, n’avoir point de suite par hypothèque, se partager également entre les cohéritiers sans préciput ni droit d’aînesse, ni être sujets au douaire coutumier, au retrait féodal et lignager, aux droits féodaux et seigneuriaux, aux formalité des décrets, ni aux retranchements des quatre quints, en cas de disposition à cause de mort ou testamentaire.
Article 54.- Enjoignons aux gardiens nobles et bourgeois, usufruitiers amodiateurs et autres jouissant des fonds auxquels sont attachés des esclaves qui travaillent, de gouverner lesdits esclaves comme bon pères de famille sans qu’ils soient tenus après leur administration de rendre le prix de ceux qui seront décédés ou diminués par maladies, vieillesse ou autrement sans leur faute, et sans qu’ils puissent aussi retenir comme fruits à leurs profits les enfants nés des esclaves durant leur administration ; lesquels nous voulons être conservés et rendus à ceux qui en seront les maîtres et propriétaires.
Colbert - Code noir (1685)
Des divers degrés d’éloignement de la blancheur…
L’union d’un Noir (nègre…) et d’un Blanc donne : un
D’un Nègre et d’un Mulâtre : un Câpre
D’un Blanc et d’un Mulâtre : un Métis
D’un Blanc et d’un Métis : un Quarteron
D’un Blanc et d’un Quarteron : un Mamelouk
Faute et punition :
Un gardeur n’est pas à son poste : 10 coups de fouet
Un esclave pénètre dans les bâtiments et vole de jour : 25 coups de fouet couché
Un esclave pénètre dans les bâtiments et vole de nuit : 25 coups de fouet couché et 6 mois de chaîne
Deux esclaves se battent sans se blesser : 25 coups de fouet couché
Deux esclaves se battent, l’un blessé : l’autre est mis en chaîne le temps de la guérison de son adversaire dans le "jardin" de son adversaire les jours de fête et dimanches. Chacun recevant 25 coups de fouet couché au moment de la guérison.
Désobéissance à un sous-ordre : 25 coups de fouet
Un esclave frappe un sous-ordre : 25 coups de fouet couché et un an de chaîne
Premier marronnage : légère correction
Deuxième marronnage : 6 mois de chaîne
Troisième marronnage : 1 an de chaîne
Vol sur une habitation voisine : 6 mois de chaîne
Un esclave vole un autre esclave : 6 mois de chaîne et doit travailler au profit de l’esclave volé la moitié des dimanches et jours de fête à hauteur du tort occasionné
Un esclave frappe un blanc : livraison à la justice 
Le nègre a l’esprit paresseux & borné, ses perceptions sont lentes & difficiles, il faut des secousses pour graver des idées dans son cerveau ; il revient souvent à l’objet qu’il a déjà aperçu, sans apercevoir celui qui est à côté, & n’est affecté que de ce qui frappe immédiatement les sens : Aussi ne vit-il que dans le présent, & c’est en vain que l’on s’efforce de l’intéresser par l’espoir des biens & des récompenses de l’avenir : en un mot, la faculté intellectuelle de cette espèce d’hommes tient plus souvent de l’instinct que de l’entendement.
Il réunit tous les vices du sauvage à tous ceux de l’homme civil. Excessivement voleur, excessivement haineux & vindicatif, il cache, sous des dehors que la crainte & la diffamation lui composent, la haine la plus envenimée, non seulement contre le maître, quelquefois le plus bienfaisant, mais encore contre son semblable : un simple propos, la querelle la plus légère, une rivalité d’amour, le refus de satisfaire ses désirs de la part d’une négresse qu’il a convoitée, tels sont les motifs ordinaires des crimes sans nombre de cet être farouche.
Dubuc de Marentille, De l’esclavage des nègres dans les colonies de l’Amérique, Pointe-à-Pitre, Imprimerie Bénard, 1790.
(A Suivre...)
mercredi 5 décembre 2007
mardi 4 décembre 2007
...Promenons-nous dans les bois...

Refrain:

[...] Moi d'abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j'ai jamais pu la sentir, je l'ai toujours trouvée triste, avec ses bourbiers qui n'en finissent pas, ses maisons où les gens n'y sont jamais et ses chemins qui ne vont nulle part. Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c'est à pas y tenir. Le vent s'était levé, brutal, de chaque côté des talus, les peupliers mêlaient leurs rafales de feuilles au petit bruits secs qui venaient de là-bas sur nous. Ces soldats inconnus nous rataient sans cesse, mais tout en nous entourant de mille morts, on s'en trouvait comme habillés. Je n'osais plus remuer. Ce colonel, c'était donc un monstre ! A présent, j'en étais assuré, pire qu'un chien, il n'imaginait pas son trépas ! Je conçus en même temps qu'il devait y en avoir beaucoup des comme lui dans notre armée, des braves, et puis tout autant sans doute dans l'armée d'en face. Qui savaient combien ? Un, deux, plusieurs millions peut-être en tout ? Dès lors ma frousse devint panique. Avec des êtres semblables, cette imbécillité infernale pouvait continuer indéfiniment... Pourquoi s'arrêteraient-ils ? Jamais je n'avais senti plus implacable la sentence des hommes et des choses.


lundi 3 décembre 2007
...La belle affaire !

Le Caravage - Judith et Holopherne (1599)








